Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles récents

Milei : la tronçonneuse ou l’élagage géosystémique ?

27 Septembre 2026 , Rédigé par Jamel BENJEMIA. Journal Le Temps 27/09/2026 Publié dans #Articles

Milei : la tronçonneuse ou l’élagage géosystémique ?

Par Jamel BENJEMIA

 

Le Président argentin Javier Milei avait annoncé la couleur pendant sa campagne électorale. Et même l’instrument. Une tronçonneuse brandie dans les meetings comme d’autres brandissent un programme, avec une force visuelle qui résumait sa doctrine : l’État argentin était trop gros, trop coûteux, trop endetté. Il fallait couper.

Invité le 21 septembre 2026 sur la chaîne française LCI par Darius Rochebin, Milei a revendiqué l’ampleur de l’opération : dix-huit ministères à son arrivée au pouvoir, ramenés à huit, et, selon le chiffre avancé durant l’entretien, près de 80 000 emplois publics supprimés.

On peut discuter la méthode. Sur le plan budgétaire et macroéconomique, les résultats sont mesurables.

En 2025, l’État fédéral argentin a dégagé un excédent primaire de 1,4 % du PIB et un léger excédent budgétaire global de 0,2 % du PIB. La dette fédérale, qui représentait 84,7 % du PIB en 2024, est descendue à 80,3 % en 2025 ; le FMI la projette à 73,2 % en 2026. Après une contraction de 1,3 % en 2024, l’économie a rebondi de 4,4 % en 2025 et le Fonds prévoit encore 3,5 % cette année. L’inflation a, elle aussi, considérablement ralenti.

Les faits sont là. La tronçonneuse a coupé.

Toute la question est de savoir si elle a toujours coupé au bon endroit.

Ce que les comptes ne comptabilisent pas

La comptabilité publique possède une vertu : elle compte. Sa faiblesse est qu’elle ne compte bien que ce qu’elle sait voir.

Supprimer une dépense inutile constitue une économie. Éliminer des doublons administratifs, simplifier les procédures, réexaminer des subventions inefficaces peut même produire un double bénéfice : moins de dépenses et davantage d’efficacité.

Mais que se passe-t-il lorsque la lame atteint l’investissement ?

Le FMI relève que l’ajustement argentin de 2024 a reposé sur une contraction de 26,9 % des dépenses primaires réelles, touchant notamment les subventions, les transferts aux provinces, les pensions et les dépenses en capital. Le programme de 2026 maintient les dépenses en capital parmi les variables susceptibles d’être ajustées pour préserver l’équilibre budgétaire, tout en prévoyant de dégager des marges pour accroître les dépenses d’infrastructure.

C’est ici que commence la lecture géosystémique.

J’appelle dette patrimoniale la charge qu’une génération reporte sur la suivante lorsqu’elle renonce à entretenir, renouveler ou construire les équipements et les capacités productives dont celle-ci aura besoin.

La dette financière s’affiche dans les comptes. La dette patrimoniale se dissimule dans les choses.

Une voie ferrée que l’on ne modernise plus, une canalisation que l’on laisse vieillir, un hôpital dont on diffère l’équipement : la dette est déjà là, silencieuse, parce qu’elle ne présente pas encore sa facture.

La Tunisie connaît cette étrange comptabilité du temps. La piscine municipale du Belvédère, familière à des générations de Tunisois, est restée abandonnée pendant plus de vingt ans. Lorsqu’il a fallu la rendre à la vie en 2024, sa réhabilitation et celle des espaces attenants ont mobilisé 18 millions de dinars. Le Génie militaire a réalisé la prouesse d’achever les travaux en quelques mois.

Mais une question demeure : combien aurait coûté un entretien régulier avant que vingt années d’abandon ne présentent leur facture ?

Le stade olympique d’El Menzah illustre, à une autre échelle, le même coût du temps. Construit en 1967, monument du patrimoine sportif tunisien, il devait être rénové pour environ 100 millions de dinars. Les travaux engagés en 2022 se sont enlisés, le premier contrat a été résilié et l’État s’oriente désormais vers une reconstruction avec l’appui de la Chine.

Voilà la dette patrimoniale devenue visible : ce que l’on croit économiser en n’entretenant pas ne disparaît pas. Cela vieillit. Puis cela revient, souvent plus cher.

La tronçonneuse et l’arbre fruitier

La métaphore de Milei mérite donc d’être retournée.

Une tronçonneuse est un excellent instrument devant un arbre mort. Beaucoup moins devant un arbre fruitier.

Couper est facile. Élaguer exige de connaître l’arbre : reconnaître la branche malade, celle qui absorbe inutilement la sève, celle qui étouffe sa voisine, mais préserver celle qui paraît chétive aujourd’hui et portera les fruits demain. Un arbre que l’on croyait épuisé peut, après un élagage judicieux, étonner par sa récolte.

C’est ce que j’appelle l’élagage géosystémique de l’État.

Il ne s’agit pas de sanctuariser l’État obèse. Une administration qui dépense davantage pour entretenir sa propre existence que pour servir la société finit par prélever la sève de l’économie qu’elle devait nourrir.

Il faut donc tailler : réduire le train de vie, supprimer les doublons, évaluer les agences publiques, numériser les procédures, combattre les rentes. Mais l’économie réalisée ne devrait pas avoir pour seule destination la contemplation satisfaite d’un déficit réduit.

Une partie des économies dégagées doit irriguer la richesse future : énergie, eau, transports, infrastructures numériques, éducation, santé, recherche.

L’élagage géosystémique ne s’arrête donc pas à la question : combien avons-nous économisé ? Il en pose une autre : qu’allons-nous produire avec cette économie ?

 

Quand l’économie revient présenter sa facture

L’Argentine fournit déjà quelques éléments de réponse.

La pauvreté, qui avait brutalement augmenté pendant la première phase de l’ajustement, a ensuite fortement reculé : selon l’INDEC, 28,2 % des habitants des 31 principales agglomérations vivaient sous le seuil de pauvreté au second semestre 2025. Ce résultat mérite d’être reconnu. Mais, au premier trimestre 2026, le chômage atteignait encore 7,8 % et l’indice de Gini était passé de 0,435 un an auparavant à 0,442.

L’expérience est trop récente pour devenir un verdict.

La croissance elle-même n’est pas uniforme. Le FMI souligne le dynamisme de l’investissement privé et des exportations, notamment dans l’énergie et les mines, tout en maintenant son attention sur les vulnérabilités extérieures et les risques de financement.

Une économie budgétaire n’est jamais isolée. Si une coupe provoque une perte de revenus, réduit la consommation, fragilise les entreprises, accroît le chômage puis impose des dépenses compensatoires, une partie de l’économie initiale revient par la fenêtre après être sortie par la porte.

C’est une rétroaction.

La France l’a éprouvé avec les Gilets jaunes. Une mesure conçue dans une rationalité économique et écologique s’est heurtée à une réalité sociale et territoriale mal appréciée. Rien ne dit que l’Argentine suivra le même chemin. Mais le précédent rappelle une évidence : une société n’est pas un tableau Excel.

Gouverner suppose cette fibre sociale qui permet de sentir ce que les chiffres taisent. Derrière une dépense que l’on retranche, il y a parfois un service public, un territoire, une famille, une fragilité que les moyennes statistiques finissent par rendre invisible. Un responsable politique doit savoir où couper, mais aussi jusqu’où une société peut consentir à l’effort sans que l’assainissement ne finisse par nourrir le ressentiment.

Car il existe un seuil où la question cesse d’être seulement budgétaire : elle devient une question de confiance. Et la confiance, lorsqu’elle se brise, coûte parfois beaucoup plus cher à restaurer que ce que l’on croyait avoir économisé.

 

La dette que l’on lègue

Reste la question essentielle : qu’est-ce que désendetter un pays ?

Diminuer la dette financière est souhaitable lorsqu’elle étouffe l’action publique. Mais si cette diminution s’obtient en reportant les investissements indispensables, le bilan change de nature : le passif financier s’améliore tandis qu’un autre, invisible encore, commence à mûrir.

La dette patrimoniale n’est donc pas un plaidoyer pour l’endettement. Elle impose une discipline supplémentaire : regarder ce que chaque dette laisse derrière elle.

Emprunter pour financer éternellement le fonctionnement courant revient à demander au futur de payer notre présent. Emprunter pour construire un équipement utile pendant cinquante ans, qui améliore la productivité et servira plusieurs générations, relève d’une autre logique. Au passif existe une dette ; à l’actif demeure un patrimoine.

D’où cette question, presque naïve, qui devrait accompagner chaque débat sur l’endettement public :

Qu’avons-nous construit avec l’argent emprunté ?

Sous la présidence de Milei, la trajectoire budgétaire de l’État argentin a été bouleversée en très peu de temps. Mais ce redressement des comptes ne suffit pas encore à raconter toute l’histoire. Celle-ci ne s’écrira pas en deux ou trois exercices comptables. Il faudra regarder l’investissement, les infrastructures, la productivité, l’emploi, la cohésion sociale et la capacité de l’Argentine à transformer son redressement en prospérité durable.

La géosystémie propose une autre boussole : retrancher ce qui consomme inutilement la richesse pour fortifier ce qui en produira demain.

Car un État ne lègue pas seulement aux générations suivantes les dettes qu’elles devront rembourser. Il leur lègue aussi les outils avec lesquels elles pourront les rembourser.

C’est toute la différence entre la tronçonneuse et le sécateur.

Couper un arbre fruitier prend quelques minutes. Le faire fructifier exige du temps, du savoir et du discernement. Mais c’est de sa prochaine récolte que vivront ceux qui viennent après nous.

 

Lire la suite

La dette ou l’avenir mis en gage

13 Septembre 2026 , Rédigé par Jamel BENJEMIA, Journal Le TEMPS 13/09/2026 Publié dans #Articles

La dette ou l’avenir mis en gage

Par Jamel BENJEMIA

 

Jamais le monde n’a autant dû. Mais l’énormité des chiffres finit par produire un étrange effet : à force de compter la dette, nous oublions ce qu’elle prélève sur la vie réelle.

La dette publique mondiale avait atteint 102 000 milliards de dollars en 2024. Le FMI estimait qu’elle représentait 93,9 % du PIB mondial en 2025 et qu’elle pourrait atteindre 100 % en 2029, niveau que le monde n’avait plus connu depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Si l’on ajoute les engagements des entreprises, des ménages et du secteur financier, l’endettement global dépasse 300 000 milliards de dollars.

À cette altitude, les nombres perdent leur chair. Le millier de milliards devient une abstraction commode. On comprendrait presque Henri Krasucki qui, un jour de télévision, s’égara entre millions et milliards avant d’en rire lui-même : passé un certain nombre de zéros, les nombres cessent parfois de compter et commencent à étourdir.

Pourtant, derrière chaque point d’intérêt supplémentaire se cachent des prélèvements futurs, des investissements différés, quelquefois une école, une route, un hôpital qui attendront.

La dette n’est pas, par nature, une faute économique. Elle permet aux sociétés de déplacer des ressources dans le temps. Une génération emprunte pour bâtir une infrastructure dont profiteront les suivantes ; une entreprise investit avant de produire. Le crédit introduit ainsi le futur dans le présent.

Le problème surgit lorsque le mouvement change de sens, quand une fraction croissante des ressources présentes sert à acquitter les engagements passés, au point de réduire les investissements dont dépendront les revenus futurs.

Alors la dette cesse peu à peu de financer demain.

Elle commence à l’hypothéquer.

Tous les milliards ne se ressemblent pas

La comptabilité possède une vertu : elle empêche de faire disparaître les engagements par prestidigitation. Cent milliards dus restent cent milliards dus. L’économie oblige cependant à regarder derrière le nombre : à quel taux, dans quelle monnaie, pour quelle durée et pour quel usage a-t-on emprunté ?

Une dette à trente ans ne ressemble pas à une dette à trois mois. Emprunter à 2 % n’a pas le même effet qu’emprunter à 8 %. Une dette libellée en devises ajoute une contrainte : il faudra se procurer cette monnaie par les exportations, les réserves ou de nouveaux emprunts.

C’est là que l’inégalité internationale devient très concrète. Les pays en développement ne détenaient en 2024 que 31 000 milliards des 102 000 milliards de dollars de dette publique mondiale. Ils ont pourtant acquitté 921 milliards de dollars d’intérêts. Depuis 2020, leur coût moyen d’emprunt a été deux à quatre fois supérieur à celui des États-Unis.

Le montant mesure la dette. Son coût mesure la contrainte.

Entre 2014 et 2024, les paiements d’intérêts des gouvernements des pays en développement ont augmenté de 102 %, tandis que leurs recettes ne progressaient que de 39 %. Dans 73 % de ces pays, la hausse de cette charge a réduit l’espace budgétaire disponible pour l’éducation, la santé, les infrastructures et l’investissement public. Quelque 3,4 milliards d’êtres humains vivent désormais dans des pays qui consacrent davantage aux intérêts de leur dette qu’à la santé ou à l’éducation.

Encore faut-il éviter une confusion. Une dépense publique ne devient pas féconde parce qu’on l’appelle investissement. Un chantier surdimensionné ou un équipement sans utilité économique peuvent transformer l’emprunt en fuite en avant. La ligne de partage passe entre l’argent qui prépare une capacité productive et celui qui entretient la dépense présente.

Les déficits ont, eux aussi, une biographie.

Le paradoxe du bon débiteur

La Tunisie permet d’observer cette contradiction presque à nu.

Le pays continue d’honorer ses engagements extérieurs alors que son accès aux financements internationaux demeure difficile. Cette discipline protège sa signature. Un État qui cesse arbitrairement de payer compromet l’accès au crédit dont il aura besoin pour financer son développement.

Cette discipline devient plus lourde lorsque les ressources se raréfient. À mesure que le service de la dette absorbe ressources publiques et devises, la marge se contracte pour moderniser les réseaux d’eau et d’énergie, entretenir les infrastructures, équiper les hôpitaux, soutenir l’école et la recherche.

Le paradoxe devient redoutable : préserver sa solvabilité immédiate peut conduire un pays à négliger les moyens matériels de sa solvabilité future.

Ce sacrifice reste longtemps invisible dans les comptes. Une autoroute non construite n’apparaît dans aucun passif. La canalisation vétuste qui perd son eau ne modifie pas immédiatement le ratio d’endettement. Le chercheur qui émigre ne déclenche aucune alarme budgétaire. L’énergie que l’on importera demain, faute d’avoir investi aujourd’hui, attend son heure.

Voilà pourquoi la frugalité doit être qualifiée. Supprimer une dépense improductive et différer un investissement indispensable peuvent améliorer le déficit du même montant ; économiquement, ces décisions conduisent dans des directions opposées.

La comptabilité enregistre parfaitement ce qui sort des caisses.

Elle sait beaucoup moins bien mesurer ce qui ne naîtra pas.

L’argent volé voyage plus lentement que la dette

La Tunisie donne à cette question une dimension supplémentaire : celle du temps judiciaire.

Depuis 2011, elle tente de récupérer les avoirs illicitement expatriés attribués à Ben Ali et à son entourage. Dans le dossier français répertorié par l’initiative StAR de la Banque mondiale et de l’ONUDC, 14,21 millions d’euros ont été gelés ou saisis, sans que la base internationale ne fasse apparaître de montant restitué pour cette affaire.

Mais quinze années ont passé depuis 2011. À cette échelle, la patience juridique finit par rencontrer une autre exigence : celle de l’efficacité.

Le problème n’est pas que la justice prenne le temps de juger. Il est que la mondialisation du droit n’a pas progressé à la même vitesse que celle de l’argent.

Cette asymétrie dépasse le cas tunisien. Nous avons organisé avec une efficacité redoutable la mobilité internationale du capital, sans donner aux mécanismes de restitution la même célérité.

L’argent sait parfaitement partir.

Le droit apprend encore à le faire revenir.

La dette que personne ne comptabilise

La CNUCED estime que les pays en développement auraient besoin de milliers de milliards de dollars d’investissements supplémentaires chaque année pour atteindre les objectifs de développement durable. Or l’augmentation du coût de leur endettement réduit précisément les ressources disponibles pour les financer.

Nos instruments comptables enregistrent avec une admirable précision la dette contractée. Ils décrivent beaucoup moins bien le patrimoine que l’on renonce à constituer pour la rembourser.

Il manque peut-être à notre vocabulaire économique une notion capable de saisir cette déperdition : une dette patrimoniale. Elle ajouterait aux obligations financières transmises le patrimoine qu’une génération laisse se dégrader ou renonce à constituer.

Cette notion change le jugement porté sur l’endettement. Léguer cent milliards de dette avec des infrastructures modernes, une population bien formée et un appareil productif capable de créer de la richesse n’équivaut pas à transmettre les mêmes cent milliards avec des réseaux épuisés, une école affaiblie et des entreprises vieillissantes.

Le montant est identique.

L’héritage ne l’est pas.

Ceux qui paieront deux fois

Il serait facile d’achever cette démonstration par un appel à l’effacement des dettes. Ce serait manquer le sujet. Le crédit repose sur la confiance ; supprimer arbitrairement les créances détruirait l’instrument dont les économies ont besoin pour investir.

Faire du remboursement une vertu absolue conduit pourtant à l’excès inverse. La responsabilité budgétaire se mesure aussi à ce qui demeure dans le pays une fois les échéances acquittées.

La soutenabilité devrait intégrer cette dimension patrimoniale. Un État qui rembourse en laissant dépérir son capital productif transmet une économie moins capable de produire les revenus nécessaires à ses engagements futurs.

Une nation n’est durablement solvable que si, après avoir payé, elle peut encore former ses enfants, entretenir son patrimoine et préparer les richesses qui nourriront le prochain cycle d’expansion.

À côté des obligations soigneusement inscrites dans les comptes s’accumule ainsi une dette sans marché, sans coupon, sans agence de notation. Elle apparaît beaucoup plus tard, lorsque vient le temps de découvrir ce qu’une génération a réellement laissé à la suivante.

Et certaines générations découvrent alors qu’elles héritent deux fois : des dettes à payer et de ce qui manque pour les payer.

 

Lire la suite

Croissance endogène, financement exogène : Le paradoxe tunisien

6 Septembre 2026 , Rédigé par Jamel BENJEMIA. Journal Le Temps 06/09/2026 Publié dans #Articles

Croissance endogène, financement exogène :

Le paradoxe tunisien

Par Jamel BENJEMIA

Il est des rapports dont on retient les chiffres et d’autres qui, derrière les chiffres, révèlent l’architecture d’une économie. Celui que la Banque africaine de développement vient de consacrer à la Tunisie appartient à cette seconde catégorie. Son titre porte déjà la marque de l’époque : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de la Tunisie dans un monde fragmenté. »

Publié le 5 août 2026, il estime à quelque 4,5 milliards de dollars par an les besoins nécessaires pour rattraper le retard de transformation structurelle à l’horizon 2030, avec un déficit de financement évalué à 3,3 milliards. La somme impressionne, davantage encore lorsqu’on la rapproche d’une croissance revenue à 2,5 % en 2025 et d’un investissement qui ne représente qu’environ 16 % du PIB.

La tentation serait d’enfermer le problème dans une équation comptable. Puisqu’il manque de l’argent, il faudrait le trouver auprès des bailleurs, des marchés ou des investisseurs. Cette lecture néglige pourtant une dimension essentielle. Une économie se définit aussi par la manière dont elle fait circuler ses ressources, transforme l’épargne en investissement et le savoir en innovation.

C’est là que commence la lecture géosystémique. Pris séparément, les chiffres de la BAD renseignent sur l’état de l’économie tunisienne. Mis en relation, ils révèlent ses flux, ses goulots et ses pertes de conversion.

Une croissance endogène adossée à un financement largement exogène : telle est l’équation qu’il faut désormais dépasser.

 

Produire les causes de la croissance

La théorie de la croissance endogène a changé notre compréhension du développement. Le capital demeure indispensable, mais il n’explique pas à lui seul pourquoi certaines économies progressent durablement. La connaissance, l’éducation, l’innovation, les infrastructures et la qualité institutionnelle fabriquent à leur tour les conditions de la croissance future.

Le pays possède un capital humain important, des entrepreneurs, une diaspora nombreuse et une base industrielle qui conserve des savoir-faire. Sa proximité avec l’Europe lui ouvre un immense marché tandis que sa profondeur africaine offre d’autres perspectives. S’y ajoutent l’agriculture, les phosphates, le potentiel solaire et cette position méditerranéenne dont la valeur dépend moins de la géographie que de l’usage qu’on en fait.

Posséder un potentiel ne préjuge pourtant jamais de son accomplissement.

Le phosphate exporté sans transformation suffisante, le diplômé qui part faute de perspective, l’épargne qui préfère la pierre à l’entreprise, le projet abandonné faute de crédit relèvent d’un même phénomène : la difficulté à convertir une ressource en puissance productive.

La richesse d’un pays ne réside donc pas seulement dans ses stocks. Elle dépend des relations qui les unissent. La formation fournit des compétences à l’entreprise ; celle-ci les transforme en production et en innovation ; la productivité favorise les exportations ; l’activité engendre revenus, épargne et recettes publiques susceptibles d’alimenter un nouveau cycle d’investissement.

Lorsque ces liaisons se grippent, une partie de la richesse potentielle se dissipe avant même d’avoir produit ses effets. Le défi tunisien consiste dès lors moins à découvrir de nouvelles richesses qu’à empêcher les ressources existantes de demeurer stériles.

Cette nécessité devient plus pressante dans le « monde fragmenté » décrit par la BAD. L’argent international n’a pas disparu, mais sa géographie change. Les États sécurisent leurs approvisionnements, soutiennent leurs industries stratégiques, sélectionnent leurs dépendances. La finance elle-même est entrée dans la géopolitique.

La Tunisie aurait tort de se détourner des capitaux étrangers. Elle doit au contraire devenir plus attractive. Mais une différence essentielle sépare le capital recherché pour combler une faiblesse de celui qui vient rejoindre une dynamique.

L’ambition tient dans ce déplacement : passer du financement extérieur nécessaire au financement extérieur choisi.

Les milliards invisibles

Derrière les milliards recherchés apparaissent des ressources déjà présentes dans l’économie tunisienne, mais imparfaitement converties en investissement.

L’économie informelle représenterait environ 37 % du PIB. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger avoisinent 6,5 %. Le marché des capitaux demeure étroit et le financement de l’économie repose principalement sur les banques, elles-mêmes de plus en plus sollicitées par l’État.

Ces données décrivent un même système.

Lorsque l’État absorbe une part importante du crédit intérieur, la ressource disponible pour l’entreprise se resserre. L’investissement privé ralentit, la capacité productive progresse moins vite, l’emploi et l’assiette fiscale suivent difficilement. Les besoins budgétaires persistent et ramènent l’État vers le système financier.

La boucle se referme. Le financement de l’insuffisance finit par contribuer à sa perpétuation.

La lecture géosystémique déplace alors le diagnostic au-delà de la seule pénurie. Une ressource peut exister sans produire tous ses effets lorsque le convertisseur qui doit lui permettre de changer de nature fonctionne mal.

L’épargne rencontre le goulot du financement productif. La diaspora transfère des capitaux considérables, mais peu d’instruments permettent d’en orienter volontairement une fraction vers l’investissement. L’informel crée de la valeur, mais celle-ci demeure largement extérieure aux circuits permettant de constituer une garantie ou une capacité d’emprunt.

La Tunisie ne souffre donc pas seulement d’une insuffisance de ressources. Elle souffre de pertes de conversion.

C’est probablement là que se trouvent ses milliards invisibles.

Une partie de l’épargne de la diaspora pourrait rejoindre des fonds d’investissement, des obligations dédiées ou des projets productifs si leur gouvernance inspirait suffisamment confiance.

L’informel, lui, ne peut être considéré comme une simple réserve fiscale attendant son contrôleur. Le crédit, la protection sociale, la simplification administrative et les paiements numériques doivent rendre la formalisation avantageuse avant d’en attendre le rendement fiscal.

La petite entreprise offre un autre levier. Un apport initial, adossé à un projet viable, à une garantie partielle et à une appréciation sérieuse du risque, peut mobiliser plusieurs fois son montant.

De la ressource à la puissance

La Tunisie n’a pas seulement besoin d’un nouveau programme économique. Elle a besoin d’une architecture.

Un programme additionne des mesures. Une vision organise leurs relations.

Formation, crédit, fiscalité, énergie, industrie, infrastructures et aménagement du territoire sont encore trop souvent pensés séparément. Former des ingénieurs sert peu si l’industrie n’investit pas. Faciliter la création d’entreprises ne suffit pas si leur croissance est ensuite étranglée par le crédit. Extraire davantage de phosphate améliore les recettes ; en transformer davantage sur le territoire modifie la structure productive.

La politique économique retrouve ici sa fonction la plus exigeante : ordonner les complémentarités.

Il faudrait identifier les activités dans lesquelles la Tunisie dispose d’un savoir-faire, d’une ressource ou d’un avantage géographique, puis faire converger autour d’elles financement, formation, infrastructures, recherche et diplomatie économique.

Une entreprise isolée produit. Entourée de fournisseurs, de compétences, de services logistiques, de capitaux et de débouchés, elle entraîne. La valeur irrigue alors un territoire et épaissit le tissu productif.

La croissance endogène cesse d’être une théorie économique. Elle devient une méthode de gouvernement : transformer la ressource disponible en puissance productive, puis faire de cette puissance la source de nouvelles ressources.

La vision commence là où l’inventaire s’achève

Les 4,5 milliards de dollars évoqués par la Banque africaine de développement pourraient nourrir une nouvelle saison d’inquiétude tunisienne. À chaque difficulté financière reviennent les mêmes mots : dette, déficit, emprunt, aide, négociation.

Cette fois, le chiffre mérite une autre lecture.

Ces 4,5 milliards, qui semblaient mesurer ce qui manque à la Tunisie, peuvent aussi mesurer ce qu’elle doit apprendre à mobiliser, convertir et multiplier. Non qu’une somme équivalente dorme quelque part dans un coffre. Une partie de la réponse réside dans les mécanismes qui relient l’épargne au crédit, la compétence à l’entreprise et la ressource naturelle à sa transformation.

Reste la question décisive : quelle économie la Tunisie souhaite-t-elle devenir dans dix ou vingt ans ?

C’est à partir de cette destination qu’il faut ordonner les moyens. Le capital étranger conservera toute son importance, mais il viendra accélérer une trajectoire plutôt que la déterminer.

Dans un monde disloqué, cette exigence pourrait devenir une chance. Lorsque les certitudes extérieures s’amenuisent, les nations sont ramenées à une interrogation ancienne : que savent-elles faire de ce qu’elles possèdent ?

Entre la ressource et la puissance existe un espace moins visible que les comptes publics, mais autrement décisif. S’y rencontrent l’organisation, la confiance, le temps long et la volonté politique. Les nations qui savent l’occuper ne deviennent pas indépendantes du monde ; elles deviennent plus libres dans la manière d’y prendre place.

La Tunisie doit savoir ce qu’elle possède, reconnaître ce qui lui manque et construire les passages de l’un vers l’autre.

La vision commence lorsque les ressources cessent d’être un inventaire pour devenir une direction. Car l’argent peut financer une vision. Il ne pourra jamais en tenir lieu.

 

Lire la suite

La Géostémie. Théorie générale de l'organisation des civilisations. Tome I. Les Fondements.

1 Septembre 2026 , Rédigé par Jamel BENJEMIA Publié dans #Livres

La #Géostémie. Théorie générale de l'organisation des #civilisations. Tome I. Les Fondements. Jamel #BENJEMIA 

La Géosystémie propose de déplacer le regard : ce ne sont pas seulement les composantes d’une société qui comptent, mais la manière dont elles s’organisent, interagissent, se renforcent ou se contrarient. La puissance, la prospérité et la résilience apparaissent alors moins comme des possessions que comme des propriétés émergentes d’un système organisé.
Dans le prolongement d’Ibn Khaldoun, de Fernand Braudel, d’Edgar Morin et des grandes traditions de pensée sur les civilisations, Jamel Benjemia propose un cadre théorique destiné à faire dialoguer l’histoire, la géographie, l’économie, la science politique, la sociologie et les études stratégiques.
Ce 
Tome I — Les fondements construit progressivement le vocabulaire de cette nouvelle grille de lecture : ressources, flux, régulateurs, convertisseurs, amplificateurs, inhibiteurs, goulots d’étranglement, émergence, entropie et résilience. Il introduit également le Tableau géosystémique, qui représente la structure d’une civilisation, et la Spirale géosystémique, qui en restitue le mouvement et les transformations dans le temps.
L’ouvrage formule 
seize principes géosystémiques et ouvre enfin la voie à leur mise à l’épreuve empirique par une méthode comparative, relationnelle et longitudinale.
La Géosystémie n’ajoute pas une cause nouvelle aux anciennes. Elle propose de comprendre ce qui se passe lorsque toutes les causes entrent en relation.
Et peut-être est-ce là que commence une autre manière de lire l’histoire des civilisations.

 

Lire la suite

Cancer : Quand la médecine change de méthode

30 Août 2026 , Rédigé par Jamel BENJEMIA, Journal Le Temps 30/08/2026 Publié dans #Articles

Cancer :

Quand la médecine change de méthode

Par Jamel BENJEMIA

Il fut un temps où le vocabulaire du cancer tenait presque tout entier dans l’idée de destruction. On retirait la tumeur, on l’irradiait, on empoisonnait les cellules malades en espérant épargner suffisamment les cellules saines. Cette médecine a sauvé des vies, mais elle avait devant elle un adversaire dont la ruse biologique excédait parfois la puissance des armes employées.

Cette violence thérapeutique a parfois nourri une interrogation douloureuse sur le prix à payer pour traiter la maladie, tant les traitements chimiothérapiques pouvaient eux-mêmes éprouver les organismes.

Le cancer du pancréas en demeure l’expression la plus cruelle. Discret à ses débuts, souvent découvert après sa dissémination, protégé par un environnement cellulaire particulièrement hostile aux traitements, il conserve un pronostic parmi les plus sombres de l’oncologie.

L’année 2026 pourrait avoir légèrement déplacé cette frontière.

Au congrès de l’American Society of Clinical Oncology, à Chicago du 29 mai au 2 juin 2026, le « daraxonrasib » a presque doublé la survie médiane de patients atteints d’un adénocarcinome pancréatique métastatique déjà traité : 13,2 mois contre 6,7 sous chimiothérapie de comparaison. Le 19 août, Moderna et Merck annonçaient qu’un vaccin thérapeutique personnalisé à ARN messager avait atteint les objectifs principaux d’une étude de phase III dans le mélanome. En Corée du Sud, une équipe du KAIST poursuit, beaucoup plus en amont, des travaux autour d’une idée longtemps confinée aux marges de l’imaginable : ramener certaines cellules cancéreuses vers un état proche de la normalité.

Le pancréas, le récalcitrant de l’oncologie

Le cancer du pancréas possède une cruauté particulière : il sait attendre avant de se signaler. L’adénocarcinome pancréatique se développe au milieu d’un tissu dense qui participe à sa résistance. Il ne suffit donc pas qu’un médicament possède une activité anticancéreuse ; encore faut-il qu’il atteigne efficacement sa cible dans cet environnement.

Le résultat présenté à l’ASCO prend ici sa véritable dimension. Dans l’essai RASolute 302, mené auprès de 500 patients dont la maladie métastatique avait progressé après un premier traitement, le « daraxonrasib » a porté la survie médiane à 13,2 mois, contre 6,7 mois sous chimiothérapie. La survie sans progression a également doublé, passant de 3,6 à 7,2 mois.

Treize mois restent treize mois. Aucun médecin sérieux ne les confondra avec une guérison.

L’immunothérapie, elle non plus, n’a pas dit son dernier mot. Ses résultats encore inégaux dans le cancer du pancréas conduisent à mieux comprendre ce qui, autour de la tumeur et dans l’organisme, favorise ou entrave la réponse immunitaire. Le microbiote intestinal constitue à cet égard une piste de recherche. Celui de la bouche attire également l’attention, certaines signatures du microbiote buccal étant étudiées dans leurs rapports avec le risque de cancer pancréatique. Ces travaux restent exploratoires. Ils entraînent néanmoins une conséquence intellectuelle intéressante : pour comprendre ce qui se passe dans le pancréas, la recherche regarde désormais bien au-delà du pancréas.

 

Un vaccin fabriqué à partir de la tumeur

Quelques semaines après Chicago, le 19 août 2026, un résultat concernant le mélanome est venu renforcer cette impression de mouvement.

Moderna et Merck ont indiqué que leur essai de phase III consacré à « l’intismeran autogene », associé au « pembrolizumab », avait atteint ses deux objectifs principaux chez des patients opérés d’un mélanome à haut risque.

Le mot « vaccin » mérite ici quelques précautions. Il ne s’agit pas de vacciner une population saine contre le cancer. Le traitement est confectionné individuellement à partir des caractéristiques de la tumeur du malade.

Après son analyse génétique, certaines mutations susceptibles de produire des néoantigènes sont sélectionnées. Un ARN messager est alors fabriqué afin de présenter au système immunitaire une sorte de signalement biologique des cellules qu’il devra reconnaître. « L’intismeran » peut coder jusqu’à 34 de ces néoantigènes. Associé au « pembrolizumab », il cherche à renforcer la réponse immunitaire dirigée contre les cellules tumorales. L’étude de phase III a porté sur 1 137 patients. Les données détaillées doivent encore être présentées lors d’un congrès scientifique.

Le malade n’est plus seulement le destinataire du traitement. Sa tumeur fournit une partie de l’information nécessaire à sa conception.

Les vaccins personnalisés sont également étudiés dans le cancer pancréatique. Il serait cependant abusif de transposer au pancréas les résultats obtenus dans le mélanome. Les deux maladies possèdent des environnements immunitaires très différents.

 

Modifier l’état de la cellule

Au KAIST, l’équipe de Kwang-Hyun Cho s’est intéressée aux réseaux génétiques qui gouvernent la différenciation cellulaire dans le cancer colorectal. Les chercheurs ont identifié trois régulateurs, « MYB », « HDAC2 » et « FOXA2. » Leur inhibition simultanée a conduit expérimentalement certaines cellules cancéreuses à retrouver des caractéristiques moléculaires et fonctionnelles proches de cellules intestinales normales. Les observations ont été réalisées sur des modèles cellulaires et animaux.

La découverte est fondamentale, au sens propre du terme. L’équipe coréenne étudie la possibilité d’intervenir sur les réseaux qui maintiennent la cellule dans son état tumoral.

Des années seront nécessaires avant de savoir jusqu’où cette voie peut conduire. Elle rappelle toutefois que les avancées médicales procèdent parfois moins d’une nouvelle réponse que d’une modification de la question posée.

 

L’espoir a besoin de patience

Ces découvertes sont encore loin de constituer un ensemble de traitements disponibles en pratique clinique.

Le daraxonrasib dispose de résultats de phase III directement obtenus dans le cancer pancréatique métastatique. Le vaccin personnalisé à ARNm vient de franchir une étape majeure, mais dans le mélanome. La reprogrammation étudiée au KAIST relève encore de la recherche préclinique et concerne le cancer colorectal.

Les voies thérapeutiques se diversifient désormais nettement : certaines visent une anomalie moléculaire précise, tandis que d’autres sollicitent l’immunité ou cherchent, beaucoup plus en amont, à agir sur les mécanismes qui entretiennent l’identité cancéreuse de la cellule.

L’essor de centres spécialisés dans la prise en charge des cancers, notamment dans le monde arabe avec des établissements comme le prochain hôpital Hamdan Bin Rashid à Dubaï, pourra favoriser la circulation des connaissances, l’accès aux essais cliniques et la diffusion de nouvelles pratiques thérapeutiques.

Une difficulté nouvelle accompagnera cependant ces avancées. Plus un traitement devient personnalisé, plus sa fabrication peut devenir complexe et coûteuse. L’intismeran, par exemple, doit être conçu individuellement. Si ces thérapies confirment leurs promesses, l’enjeu ne sera pas seulement de les inventer, mais de déterminer comment les rendre accessibles au-delà des systèmes de santé les plus riches.

L’efficacité d’un traitement ne réglera donc pas à elle seule la question de son accès. La médecine personnalisée aura aussi son économie, et probablement ses inégalités.

Quand treize mois comptent

Les statistiques possèdent une froideur que la vie ne connaît pas.

Une médiane de survie de 13,2 mois entre parfaitement dans une publication scientifique. Elle tient dans une ligne, accompagnée d’un intervalle de confiance et d’un calcul de risque.

Pour celui qui est malade, le calendrier possède une autre unité de mesure, que les statistiques savent mal écrire.

Le cancer du pancréas demeure redoutable. Les vaccins personnalisés n’ont pas encore démontré qu’ils pouvaient en modifier le pronostic. La reprogrammation cellulaire reste une aventure de laboratoire. Certaines pistes actuellement prometteuses échoueront probablement. La recherche médicale est aussi faite de voies abandonnées et d’espoirs déçus.

Pendant un siècle, la médecine a surtout cherché comment tuer la cellule cancéreuse. Elle apprend aujourd’hui à intervenir sur les mécanismes dont elle dépend, à mobiliser autrement l’immunité et, peut-être un jour, à modifier certains états cellulaires.

Pour le malade, pourtant, toute cette sophistication scientifique finit par se ramener à une mesure d’une simplicité presque brutale.

13,2 mois contre 6,7.

Entre ces deux nombres se trouvent des anniversaires, des matins ordinaires, des conversations que l’on croyait ne plus avoir le temps de terminer.

La médecine change de méthode. Pour le malade, elle essaie toujours de gagner du temps.

 

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>