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Cancer : Quand la médecine change de méthode
Cancer :
Quand la médecine change de méthode
Par Jamel BENJEMIA
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Il fut un temps où le vocabulaire du cancer tenait presque tout entier dans l’idée de destruction. On retirait la tumeur, on l’irradiait, on empoisonnait les cellules malades en espérant épargner suffisamment les cellules saines. Cette médecine a sauvé des vies, mais elle avait devant elle un adversaire dont la ruse biologique excédait parfois la puissance des armes employées.
Cette violence thérapeutique a parfois nourri une interrogation douloureuse sur le prix à payer pour traiter la maladie, tant les traitements chimiothérapiques pouvaient eux-mêmes éprouver les organismes.
Le cancer du pancréas en demeure l’expression la plus cruelle. Discret à ses débuts, souvent découvert après sa dissémination, protégé par un environnement cellulaire particulièrement hostile aux traitements, il conserve un pronostic parmi les plus sombres de l’oncologie.
L’année 2026 pourrait avoir légèrement déplacé cette frontière.
Au congrès de l’American Society of Clinical Oncology, à Chicago du 29 mai au 2 juin 2026, le « daraxonrasib » a presque doublé la survie médiane de patients atteints d’un adénocarcinome pancréatique métastatique déjà traité : 13,2 mois contre 6,7 sous chimiothérapie de comparaison. Le 19 août, Moderna et Merck annonçaient qu’un vaccin thérapeutique personnalisé à ARN messager avait atteint les objectifs principaux d’une étude de phase III dans le mélanome. En Corée du Sud, une équipe du KAIST poursuit, beaucoup plus en amont, des travaux autour d’une idée longtemps confinée aux marges de l’imaginable : ramener certaines cellules cancéreuses vers un état proche de la normalité.
Le pancréas, le récalcitrant de l’oncologie
Le cancer du pancréas possède une cruauté particulière : il sait attendre avant de se signaler. L’adénocarcinome pancréatique se développe au milieu d’un tissu dense qui participe à sa résistance. Il ne suffit donc pas qu’un médicament possède une activité anticancéreuse ; encore faut-il qu’il atteigne efficacement sa cible dans cet environnement.
Le résultat présenté à l’ASCO prend ici sa véritable dimension. Dans l’essai RASolute 302, mené auprès de 500 patients dont la maladie métastatique avait progressé après un premier traitement, le « daraxonrasib » a porté la survie médiane à 13,2 mois, contre 6,7 mois sous chimiothérapie. La survie sans progression a également doublé, passant de 3,6 à 7,2 mois.
Treize mois restent treize mois. Aucun médecin sérieux ne les confondra avec une guérison.
L’immunothérapie, elle non plus, n’a pas dit son dernier mot. Ses résultats encore inégaux dans le cancer du pancréas conduisent à mieux comprendre ce qui, autour de la tumeur et dans l’organisme, favorise ou entrave la réponse immunitaire. Le microbiote intestinal constitue à cet égard une piste de recherche. Celui de la bouche attire également l’attention, certaines signatures du microbiote buccal étant étudiées dans leurs rapports avec le risque de cancer pancréatique. Ces travaux restent exploratoires. Ils entraînent néanmoins une conséquence intellectuelle intéressante : pour comprendre ce qui se passe dans le pancréas, la recherche regarde désormais bien au-delà du pancréas.
Un vaccin fabriqué à partir de la tumeur
Quelques semaines après Chicago, le 19 août 2026, un résultat concernant le mélanome est venu renforcer cette impression de mouvement.
Moderna et Merck ont indiqué que leur essai de phase III consacré à « l’intismeran autogene », associé au « pembrolizumab », avait atteint ses deux objectifs principaux chez des patients opérés d’un mélanome à haut risque.
Le mot « vaccin » mérite ici quelques précautions. Il ne s’agit pas de vacciner une population saine contre le cancer. Le traitement est confectionné individuellement à partir des caractéristiques de la tumeur du malade.
Après son analyse génétique, certaines mutations susceptibles de produire des néoantigènes sont sélectionnées. Un ARN messager est alors fabriqué afin de présenter au système immunitaire une sorte de signalement biologique des cellules qu’il devra reconnaître. « L’intismeran » peut coder jusqu’à 34 de ces néoantigènes. Associé au « pembrolizumab », il cherche à renforcer la réponse immunitaire dirigée contre les cellules tumorales. L’étude de phase III a porté sur 1 137 patients. Les données détaillées doivent encore être présentées lors d’un congrès scientifique.
Le malade n’est plus seulement le destinataire du traitement. Sa tumeur fournit une partie de l’information nécessaire à sa conception.
Les vaccins personnalisés sont également étudiés dans le cancer pancréatique. Il serait cependant abusif de transposer au pancréas les résultats obtenus dans le mélanome. Les deux maladies possèdent des environnements immunitaires très différents.
Modifier l’état de la cellule
Au KAIST, l’équipe de Kwang-Hyun Cho s’est intéressée aux réseaux génétiques qui gouvernent la différenciation cellulaire dans le cancer colorectal. Les chercheurs ont identifié trois régulateurs, « MYB », « HDAC2 » et « FOXA2. » Leur inhibition simultanée a conduit expérimentalement certaines cellules cancéreuses à retrouver des caractéristiques moléculaires et fonctionnelles proches de cellules intestinales normales. Les observations ont été réalisées sur des modèles cellulaires et animaux.
La découverte est fondamentale, au sens propre du terme. L’équipe coréenne étudie la possibilité d’intervenir sur les réseaux qui maintiennent la cellule dans son état tumoral.
Des années seront nécessaires avant de savoir jusqu’où cette voie peut conduire. Elle rappelle toutefois que les avancées médicales procèdent parfois moins d’une nouvelle réponse que d’une modification de la question posée.
L’espoir a besoin de patience
Ces découvertes sont encore loin de constituer un ensemble de traitements disponibles en pratique clinique.
Le daraxonrasib dispose de résultats de phase III directement obtenus dans le cancer pancréatique métastatique. Le vaccin personnalisé à ARNm vient de franchir une étape majeure, mais dans le mélanome. La reprogrammation étudiée au KAIST relève encore de la recherche préclinique et concerne le cancer colorectal.
Les voies thérapeutiques se diversifient désormais nettement : certaines visent une anomalie moléculaire précise, tandis que d’autres sollicitent l’immunité ou cherchent, beaucoup plus en amont, à agir sur les mécanismes qui entretiennent l’identité cancéreuse de la cellule.
L’essor de centres spécialisés dans la prise en charge des cancers, notamment dans le monde arabe avec des établissements comme le prochain hôpital Hamdan Bin Rashid à Dubaï, pourra favoriser la circulation des connaissances, l’accès aux essais cliniques et la diffusion de nouvelles pratiques thérapeutiques.
Une difficulté nouvelle accompagnera cependant ces avancées. Plus un traitement devient personnalisé, plus sa fabrication peut devenir complexe et coûteuse. L’intismeran, par exemple, doit être conçu individuellement. Si ces thérapies confirment leurs promesses, l’enjeu ne sera pas seulement de les inventer, mais de déterminer comment les rendre accessibles au-delà des systèmes de santé les plus riches.
L’efficacité d’un traitement ne réglera donc pas à elle seule la question de son accès. La médecine personnalisée aura aussi son économie, et probablement ses inégalités.
Quand treize mois comptent
Les statistiques possèdent une froideur que la vie ne connaît pas.
Une médiane de survie de 13,2 mois entre parfaitement dans une publication scientifique. Elle tient dans une ligne, accompagnée d’un intervalle de confiance et d’un calcul de risque.
Pour celui qui est malade, le calendrier possède une autre unité de mesure, que les statistiques savent mal écrire.
Le cancer du pancréas demeure redoutable. Les vaccins personnalisés n’ont pas encore démontré qu’ils pouvaient en modifier le pronostic. La reprogrammation cellulaire reste une aventure de laboratoire. Certaines pistes actuellement prometteuses échoueront probablement. La recherche médicale est aussi faite de voies abandonnées et d’espoirs déçus.
Pendant un siècle, la médecine a surtout cherché comment tuer la cellule cancéreuse. Elle apprend aujourd’hui à intervenir sur les mécanismes dont elle dépend, à mobiliser autrement l’immunité et, peut-être un jour, à modifier certains états cellulaires.
Pour le malade, pourtant, toute cette sophistication scientifique finit par se ramener à une mesure d’une simplicité presque brutale.
13,2 mois contre 6,7.
Entre ces deux nombres se trouvent des anniversaires, des matins ordinaires, des conversations que l’on croyait ne plus avoir le temps de terminer.
La médecine change de méthode. Pour le malade, elle essaie toujours de gagner du temps.
La Géostémie. Théorie générale de l'organisation des civilisations. Tome I. Les Fondements.
La #Géostémie. Théorie générale de l'organisation des #civilisations. Tome I. Les Fondements. Jamel #BENJEMIA
La Géosystémie propose de déplacer le regard : ce ne sont pas seulement les composantes d’une société qui comptent, mais la manière dont elles s’organisent, interagissent, se renforcent ou se contrarient. La puissance, la prospérité et la résilience apparaissent alors moins comme des possessions que comme des propriétés émergentes d’un système organisé.
Dans le prolongement d’Ibn Khaldoun, de Fernand Braudel, d’Edgar Morin et des grandes traditions de pensée sur les civilisations, Jamel Benjemia propose un cadre théorique destiné à faire dialoguer l’histoire, la géographie, l’économie, la science politique, la sociologie et les études stratégiques.
Ce Tome I — Les fondements construit progressivement le vocabulaire de cette nouvelle grille de lecture : ressources, flux, régulateurs, convertisseurs, amplificateurs, inhibiteurs, goulots d’étranglement, émergence, entropie et résilience. Il introduit également le Tableau géosystémique, qui représente la structure d’une civilisation, et la Spirale géosystémique, qui en restitue le mouvement et les transformations dans le temps.
L’ouvrage formule seize principes géosystémiques et ouvre enfin la voie à leur mise à l’épreuve empirique par une méthode comparative, relationnelle et longitudinale.
La Géosystémie n’ajoute pas une cause nouvelle aux anciennes. Elle propose de comprendre ce qui se passe lorsque toutes les causes entrent en relation.
Et peut-être est-ce là que commence une autre manière de lire l’histoire des civilisations.
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La Géosystémie: Théorie générale de l'organisation des civilisations - Les Fondements
La puissance, la prospérité et la résilience apparaissent alors moins comme des possessions que comme des propriétés émergentes d'un système organisé. Dans le prolongement d'Ibn Khaldoun, d...
Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres
Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres
Par Jamel BENJEMIA
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On a longtemps considéré que la cartographie de la pauvreté relevait d’une évidence. D’un côté, le monde dit avancé ; de l’autre, celui qui ambitionnait de le rejoindre. Le Nord et le Sud. Puis s’est imposée, sous la plume d’Alfred Sauvy en 1952, la catégorie du tiers-monde, avant que le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, n’offre à la grande pauvreté une autre visibilité et une autre appellation : le quart-monde, cette misère tapie au cœur même des sociétés d’abondance.
Au cœur de certaines des nations les plus riches surgissent aujourd’hui des scènes que l’ancien lexique peine à saisir : files d’attente devant les banques alimentaires, salariés demeurant pauvres malgré l’emploi, familles étranglées par le coût du logement, étudiants rationnant leurs repas, retraités arbitrant entre se chauffer et se nourrir, personnes à la rue dormant à quelques pâtés de maisons des vitrines du luxe.
Il suffit parfois de quelques stations de métro pour passer d’une topographie de l’opulence à un tout autre pays.
Or ces États ne sont ni démunis ni économiquement défaillants.
Leurs économies pèsent des milliers de milliards, leurs entreprises opèrent sur tous les continents, leurs universités recrutent les élites mondiales.
Comment désigner une telle contradiction ?
Peut-être convient-il de risquer un troisième terme : le demi-monde.
Le mot n’est pas vierge. En 1855, Alexandre Dumas fils donnait à voir, dans Le Demi-Monde, un milieu gravitant autour de la richesse, du pouvoir et de leurs codes. Plus d’un siècle et demi plus tard, les salons ont changé, les couloirs aussi. Les courtisans, eux, n’ont pas disparu.
Dans ce nouveau sens, le demi-monde désignerait ces nations suffisamment riches pour être classées parmi les économies développées, mais assez fracturées pour qu’une partie de leur population ait cessé d’en partager effectivement la prospérité.
Riches, certes, mais prospères pour qui ?
Le produit intérieur brut sait compter. Il sait moins bien raconter. Il additionne ce qu’une nation produit, échange, construit. Mais entre ses colonnes disparaît souvent l’essentiel : la manière dont cette richesse atteint, ou n’atteint plus, la vie ordinaire.
Une moyenne flatteuse peut parfaitement résulter de la cohabitation d’un milliardaire et de mille travailleurs précaires.
C’est ici que s’enracine le malentendu.
Durant des décennies, l’augmentation de la richesse nationale a été tenue pour l’indice le plus sûr de l’amélioration du sort commun. La métaphore de la marée qui soulève tous les bateaux semblait aller de soi. Elle portait en elle la promesse du ruissellement : la richesse créée au sommet devait, tôt ou tard, descendre les étages de la société, relever les revenus et irriguer jusqu’aux plus modestes.
Cette mécanique s’est enrayée.
Dans plusieurs économies développées, l’emploi ne protège plus nécessairement de la vulnérabilité. L’appartenance aux classes moyennes ne garantit plus la possibilité d’épargner. De nombreux ménages, sans être statistiquement pauvres, vivent désormais au voisinage du basculement. Leur équilibre tient moins à un niveau de vie assuré qu’à l’absence d’accident.
La ligne de fracture de la pauvreté ne sépare donc plus uniquement des ensembles nationaux. Elle traverse désormais les nations elles-mêmes.
C’est peut-être là que les mots nous trompent. La richesse dit ce qu’un pays possède ; la prospérité, ce que ses habitants peuvent réellement en vivre.
Entre les deux s’est ouvert un espace.
C’est là que s’installe le demi-monde.
Lorsque l’abondance côtoie le manque
Il faut éviter les raccourcis. La pauvreté observée à Paris, Londres ou New York n’est pas assimilable à celle de régions privées d’eau potable, de soins essentiels ou d’infrastructures de base.
Le scandale propre au demi-monde relève d’une autre logique : il tient à l’écart entre les ressources disponibles et les garanties effectivement offertes à chacun.
Quand une économie souffre de rareté, celle-ci explique pour partie la misère. Lorsque, au contraire, l’opulence et le dénuement partagent le même espace, parfois la même rue, la question se déplace. Il ne s’agit plus de demander combien possède la société, mais comment elle organise ce qu’elle possède.
Un pays peut accumuler des actifs tandis que sa cohésion s’érode, multiplier les fortunes privées tout en fragilisant ses classes moyennes, ériger des tours étincelantes tandis qu’à leur pied s’enracine le sentiment d’une prospérité devenue hors de portée.
Le demi-monde n’est donc ni le tiers-monde ni le quart-monde. Il est le paradoxe d’une société où la pauvreté perdure alors même que les moyens de la réduire existent.
Et cet avertissement ne concerne pas les seules démocraties occidentales.
Les pays qui ambitionnent de rejoindre le cercle des économies développées gagneraient à ne pas se demander seulement quand ils deviendront riches, mais quelle société ils entendent bâtir avec cette richesse.
Car un État peut franchir le seuil de la richesse bien avant que son peuple n’atteigne celui de la prospérité.
L’impôt et ses antichambres
Toute inégalité n’est pas nécessairement une injustice. La créativité, la prise de risque propre à l’entrepreneuriat, l’excellence technique, l’effort soutenu ou la rareté d’une expertise peuvent, à bon droit, engendrer des écarts de rémunération.
L’inégalité change pourtant de nature lorsqu’elle ne procède plus seulement de la création de valeur, mais aussi de la capacité inégalement répartie à peser sur les règles de son partage.
C’est à ce point que l’impôt devient une affaire éminemment politique.
Devant l’impôt, tous les citoyens sont égaux en droit. Ils le sont beaucoup moins en moyens.
À mesure que les patrimoines s’accroissent, les instruments se sophistiquent : holdings, arbitrages d’actifs, choix de juridictions, optimisation et conseil fiscal sur mesure.
Ces dispositifs n’ont rien, en eux-mêmes, d’illégal. La difficulté tient moins à la fraude qu’à l’asymétrie des moyens que les contribuables peuvent mobiliser face à la norme fiscale.
Et voici la dette. Elle entre dans l’histoire comme une créancière silencieuse : avant même que l’État ne décide ce qu’il fera de ses recettes, une part du lendemain appartient déjà au passé. Plus son poids augmente, plus se resserre l’espace où arbitrer entre école, santé, investissement et protection sociale. La dette ne fabrique pas le demi-monde. Mais lorsqu’elle étrangle les marges publiques, elle peut en approfondir les fissures.
L’épisode français de la taxe dite « Zucman », inspirée des travaux de l’économiste et traduite dans une proposition d’impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, a cristallisé cette tension.
Reste une question : jusqu’où demander davantage à ceux qui ont le moins de moyens pour organiser leur contribution, lorsque les détenteurs des patrimoines les plus considérables peuvent, eux, mobiliser expertises juridiques et réseaux d’influence pour défendre leurs intérêts ?
L’impôt ne se réduit alors plus à un barème. Il engage la question du consentement.
Un citoyen accepte difficilement qu’une règle se veuille commune si, au moment d’être appliquée, elle semble s’ouvrir par plusieurs portes.
Les demi-mondains d’aujourd’hui
C’est ici qu’Alexandre Dumas fils réapparaît dans notre imaginaire collectif.
Le Demi-Monde de Dumas avait ses courtisans, ses antichambres et tout un microcosme aimanté par la richesse.
Le XXIe siècle s’est doté de ses propres médiateurs : lobbyistes, consultants, conseillers, fiscalistes. Leurs fonctions sont légitimes et souvent indispensables. Il va de soi que tous ne travaillent pas au bénéfice des plus puissants.
Seulement voilà : toutes les voix ne parlent pas à la même distance du pouvoir.
Le retraité n’a pas d’antichambre. Le salarié n’a pas de cabinet pour recomposer son impôt. Le travailleur pauvre, lui, n’a guère d’actifs à déplacer d’une juridiction à l’autre.
Certaines grandes fortunes peuvent, en revanche, réunir autour d’elles les meilleures expertises afin de préserver les conditions de leur enrichissement.
À l’autre extrémité, des ménages ne se demandent plus comment accroître ce qu’ils possèdent, mais comment préserver ce qu’ils risquent de perdre : leur autonomie, leur sécurité, parfois simplement leur place dans la société.
C’est là que le demi-monde révèle sa véritable fracture : non parce que l’existence des riches constituerait une nouveauté, mais parce que l’enrichissement fulgurant des uns et l’appauvrissement éprouvé des autres finissent par apparaître comme deux mouvements contraires d’un même mécanisme d’horlogerie.
Dumas décrivait les demi-mondains qui évoluaient dans l’orbite des riches.
Notre époque a peut-être inventé ceux qui veillent à ce qu’ils le restent.
Et c’est peut-être là la définition contemporaine du demi-monde : un pays suffisamment riche pour ne plus pouvoir expliquer ses pauvres par son manque de ressources, mais pas encore assez juste pour empêcher que la prospérité se fracture entre eux.
Quand « America First » change de camp
Quand « America First » change de camp
Par Jamel BENJEMIA
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Il arrive que les élections se jouent sur une question qui ne figure pas sur le bulletin de vote.
En novembre prochain, les Américains éliront des sénateurs, des représentants, des gouverneurs. Ils parleront du prix de l’essence, des loyers, de l’immigration, de l’emploi, de Donald Trump. Ils mesureront, comme toujours, la politique à l’aune très concrète de leur portefeuille. Et pourtant, derrière ces préoccupations domestiques, une ombre venue de la Méditerranée orientale pourrait accompagner l’électeur jusque dans l’isoloir : Gaza.
Pendant des décennies, le soutien à Israël fut à Washington l’un de ces rares axiomes que les alternances électorales modifiaient à peine. Républicains et démocrates pouvaient s’écharper sur les impôts, l’avortement, l’immigration ou la protection sociale ; mais sur Israël, les nuances demeuraient contenues dans les marges d’un consensus stratégique.
Ce temps se fissure.
La victoire d’Abdul El-Sayed dans la primaire démocrate du Michigan en fournit le signe le plus spectaculaire. Médecin, épidémiologiste, fils d’immigrés égyptiens, critique de la politique israélienne à Gaza, il a vaincu Haley Stevens malgré la formidable puissance financière mobilisée par le camp pro-israélien. Bernie Sanders l’avait soutenu. Après sa victoire, Barack Obama s’est entretenu chaleureusement avec lui. Ce qui ressemblait encore à une candidature périphérique devient une affaire nationale.
Les spécialistes de l’alchimie électorale diront qu’Obama pourrait désormais lui apporter le zeste décisif d’un « Michigan, Yes We Can ».
Dans le Minnesota, une autre digue a cédé : Peggy Flanagan, citoyenne de la White Earth Nation, a remporté la primaire démocrate pour le Sénat et pourrait devenir la première femme amérindienne à y siéger.
Deux victoires différentes, un même murmure.
L’Amérique électorale cherche une autre grammaire.
Et, ironie délicieuse, elle pourrait aller la chercher jusque dans le vocabulaire de Donald Trump : America First.
Le Michigan, ou la défaite de l’argent-roi
Il faudra longtemps méditer la primaire du Michigan.
Non qu’Abdul El-Sayed soit soudain devenu le nouveau visage de l’Amérique démocrate. Ce serait aller trop vite en besogne. Mais parce que sa victoire a brisé l’une des équations les mieux établies de la politique américaine : à une certaine hauteur de dépenses électorales correspondrait presque mécaniquement une certaine capacité à façonner le choix des électeurs.
Or la machine s’est enrayée.
Des millions de dollars ont été mobilisés dans la bataille menée contre El-Sayed et en faveur de sa rivale. L’AIPAC, acteur majeur du soutien américain à Israël, avait fait de cette primaire un test de son influence. Pourtant, l’argent avait choisi son obstacle ; les électeurs ont choisi leur candidat. El-Sayed est passé.
Il y a dans cet épisode quelque chose qui dépasse Gaza.
Une partie de l’électorat démocrate paraît désormais considérer l’influence de l’argent sur la politique étrangère comme une question démocratique intérieure. Ce déplacement est capital. On ne demande plus seulement : « êtes-vous pour ou contre Israël ? » On commence à demander : « qui détermine la politique américaine ? »
Et cette interrogation change tout.
El-Sayed ne s’est d’ailleurs pas contenté d’un discours sur le Proche-Orient. Santé, coût de la vie, pouvoir des grandes entreprises, financement de la politique : Gaza s’insère chez lui dans une critique plus vaste de la dépossession démocratique.
Le conflit lointain rejoint alors le malaise intérieur.
L’électeur ne regarde plus seulement Gaza comme une tragédie étrangère. Il regarde Washington et demande : combien cela coûte-t-il, qui décide, et au nom de qui ?
Quand Gaza traverse l’Atlantique
Les guerres possèdent parfois une étrange géographie : elles éclatent quelque part et produisent leurs effets politiques ailleurs.
Gaza est de celles-là.
Les images de destruction, les victimes civiles, les controverses sur l’aide militaire américaine ont progressivement déplacé une partie de l’opinion démocrate, particulièrement parmi les jeunes électeurs et les courants progressistes. Une fracture longtemps contenue est devenue visible.
Il serait cependant simpliste d’imaginer les élections de novembre transformées en référendum sur Israël. L’Amérique vote d’abord avec ses inquiétudes américaines. Le prix des courses demeure souvent plus puissant que les cartes du Proche-Orient.
Mais Gaza agit autrement.
Comme un révélateur.
Le conflit oblige les candidats à répondre à une question que l’on pouvait autrefois contourner : jusqu’où l’Amérique doit-elle engager son argent, ses armes et son crédit diplomatique dans les guerres de ses alliés ?
C’est ici que la politique américaine accomplit l’une de ces pirouettes dont l’Histoire raffole.
Car cette interrogation fut précisément celle qui nourrit le trumpisme.
Donald Trump avait bâti une partie de son ascension sur une promesse élémentaire : l’Amérique devait cesser de payer pour les autres.
Or voici que certains démocrates peuvent reprendre cette logique pour l’appliquer à Gaza.
Pourquoi financer sans condition une guerre étrangère lorsque les infrastructures vieillissent ? Pourquoi trouver des milliards pour des armes lorsque tant d’Américains redoutent une facture médicale ?
Le slogan n’a pas changé.
Mais celui qui le prononce pourrait changer de camp.
America First contre MAGA
Les slogans ont parfois des destins facétieux. Ils naissent quelque part, deviennent un étendard, puis un adversaire les ramasse sur le champ de bataille.
America First pourrait connaître cette mésaventure.
Donald Trump ne l’a pas inventé. Il l’a accaparé, jusqu’à en faire l’un des sceaux du MAGA (Make America Great Again) : frontières, protectionnisme, défiance envers les alliances coûteuses et promesse de ne plus laisser le contribuable américain régler l’addition du monde.
Mais il existe une autre manière de placer l’Amérique en premier.
Un vieux républicain en savait quelque chose : Dwight Eisenhower. Général victorieux, président peu suspect de pacifisme contemplatif, il quitta pourtant la Maison-Blanche en avertissant ses compatriotes contre l’emprise du « complexe militaro-industriel ».
Soixante-cinq ans plus tard, l’ironie est presque insolente : il suffirait à certains démocrates de dépoussiérer Eisenhower pour paraître plus fidèles à sa prudence que les héritiers MAGA de Reagan et de Trump.
Gaza offre précisément ce retournement.
Si l’Amérique doit passer en premier, pourquoi ses engagements extérieurs échapperaient-ils à l’examen de leur coût et de leur finalité ? Pourquoi chaque milliard consacré à une guerre étrangère serait-il soustrait au débat lorsque les familles américaines comptent leurs dépenses de santé, de logement ou d’éducation ?
La question n’est donc plus seulement morale.
Elle devient budgétaire, sociale et, suprême malice de l’Histoire, presque eisenhowerienne.
Les démocrates pourraient ainsi contester au MAGA son bien le plus jalousement gardé : le monopole d’America First.
Non plus l’Amérique seule.
Mais l’Amérique d’abord responsable d’elle-même.
Le bulletin et le miroir
On aurait donc tort d’annoncer que Gaza décidera, à elle seule, des élections américaines de novembre.
Les démocraties sont des organismes trop complexes pour se laisser enfermer dans une cause unique. L’inflation pèsera. L’immigration pèsera. Donald Trump pèsera. Les personnalités locales, les redécoupages électoraux, la mobilisation des minorités et l’inépuisable inquiétude de la classe moyenne pèseront également.
Mais Gaza sera là.
Non nécessairement au sommet des sondages, mais comme une présence transversale, un miroir tendu à l’Amérique sur ce qu’elle veut encore être dans le monde.
La victoire d’Abdul El-Sayed a révélé que, dans l’arène électorale, l’argent ne saurait à lui seul dicter le verdict des urnes. Celle de Peggy Flanagan rappelle qu’une République peut voir s’entrouvrir les portes du pouvoir pour ceux que son histoire avait trop longtemps maintenus en lisière. Et la possible réappropriation d’America First révèle quelque chose de plus profond : les frontières idéologiques américaines se déplacent.
Le 3 novembre 2026, les Américains ne voteront donc pas pour ou contre Gaza.
Ils voteront dans une Amérique que Gaza aura contribué à interroger.
Car les grandes tragédies traversent parfois les océans sans déplacer une seule frontière. Elles s’insinuent dans les esprits, dérangent les fidélités, ébranlent les vieux consensus.
Puis vient le jour de l’élection.
Elles se glissent derrière le rideau de l’isoloir.
Et c’est là, dans le secret d’un bulletin, que les guerres lointaines découvrent parfois leur frontière la plus inattendue :
la conscience d’un électeur.
La Géosystémie : pourquoi un nouveau mot ?
La Géosystémie : pourquoi un nouveau mot ?
Par Jamel BENJEMIA
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Les civilisations ne deviennent pas obscures parce qu’elles se taisent. Elles le deviennent lorsque les mots hérités ne suffisent plus à contenir ce qu’elles vivent.
Il arrive qu’une époque change avant que le langage ne s’en aperçoive. Les crises s’enchaînent, les puissances se déplacent, mais nous nommons le présent avec le vocabulaire d’un paysage disparu. Nous parlons de géopolitique comme si le territoire expliquait seul le destin des nations ; d’économie comme si la richesse échappait aux passions humaines ; de technologie ou de culture comme si chaque force pouvait être isolée du monde.
Or rien n’est intact. Tout agit sur tout.
Une pénurie d’eau déplace des populations ; leur déplacement ébranle les frontières ; la peur modifie les élections ; celles-ci déplacent les alliances et les investissements. La cause devient conséquence, puis revient hanter la cause. L’Histoire dessine des boucles, des nœuds, des spirales.
C’est dans cet entrelacs que naît la géosystémie. Elle n’abolit aucune discipline. Elle cherche à voir ensemble ce que nos savoirs séparent et à comprendre ce que leurs interactions font surgir. Pourquoi un nouveau mot ? Parce que changer de regard exige parfois de changer de langue.
La géopolitique observe les puissances sur la carte. La géosystémie cherche à comprendre le système invisible qui les fait naître, durer ou disparaître. Elle ne se confond toutefois pas avec le géosystème de la géographie physique.
Le monde morcelé par ceux qui l’étudient
La connaissance moderne s’est construite par séparation. Pour comprendre le réel, elle l’a découpé. Chaque discipline affina ainsi ses instruments. Mais à force d’étudier les fragments, nous avons perdu l’ensemble.
L’économiste mesure les échanges ; le géographe observe les territoires ; le politologue analyse les institutions ; le sociologue déchiffre les comportements ; le stratège compte les armes. Chacun détient une pièce du vitrail, sans parvenir à restituer la lumière qui les traverse toutes.
Nos théories tiennent tant que le réel consent à demeurer dans les limites qu’elles lui assignent. Elles vacillent lorsque les frontières se brouillent. Comment comprendre la puissance chinoise en dissociant histoire, politique, industrie, démographie et technologie ? Comment expliquer le déclin d’un État par son seul produit intérieur brut lorsque ses institutions se délitent et que l’avenir commun se retire des consciences ?
Ce qui manque n’est pas une donnée supplémentaire : nous croulons déjà sous les chiffres. Ce qui manque est une architecture capable de les relier. La géosystémie commence lorsque le savoir cesse d’empiler les pierres et tente enfin de comprendre l’édifice.
La géopolitique ne suffit plus à contenir la puissance
La géopolitique eut le mérite de rendre sa gravité à la carte. Elle rappela que les mers, les détroits, les ressources et les distances ne sont pas des décors, mais des acteurs silencieux de l’Histoire. Pourtant, le territoire n’est plus l’unique théâtre de la puissance.
Une frontière peut être franchie sans armée. Un algorithme influence une société sans occuper son sol. Une monnaie étrangle une économie lointaine. Une plateforme façonne les désirs de peuples dont elle ignore les blessures. Le territoire demeure ; il n’est plus seul.
La géoéconomie a intégré marchés et sanctions. Le réalisme privilégie la puissance ; le libéralisme, les institutions ; les théories civilisationnelles, la culture. Chacune éclaire une façade, sans jamais suffire à restituer toute la maison.
La puissance ne se réduit donc pas à ce qu’un État possède. Elle dépend de la manière dont il organise ses ressources, relie ses institutions et transforme ses contraintes en capacités. Deux pays dotés de richesses comparables peuvent connaître des destins opposés : l’un compose ses forces ; l’autre les disperse.
La géosystémie ne demande pas seulement : « Qui est puissant ? » Elle cherche quel système permet à cette puissance d’apparaître, de durer ou de se dissoudre. Elle déplace l’analyse de l’inventaire vers l’organisation, de la force visible vers l’architecture qui la rend possible.
De la causalité solitaire à la polyphonie du réel
Les grandes théories aiment les causes souveraines. Pour les unes, l’économie mène le monde ; pour les autres, la géographie, les institutions, la culture ou la technologie. Cette clé unique rassure : une serrure, une porte, et l’univers retrouve l’apparence de l’ordre.
Mais les sociétés humaines ne sont pas des portes. Elles ressemblent à des instruments dont les cordes vibrent ensemble. Toucher l’une modifie le son des autres.
La géosystémie rompt avec la causalité solitaire. Elle ne nie pas les causes ; elle refuse de leur attribuer un trône éternel. Une innovation bouleverse l’économie ; cette mutation transforme la société ; la société appelle de nouvelles règles politiques ; ces règles orientent à leur tour la recherche. La boucle se referme sans reproduire son point de départ.
Braudel nous a appris que les civilisations s'inscrivent dans la longue durée. Ibn Khaldoun avait montré qu'elles vivent de l'équilibre de leurs relations. La Géosystémie propose aujourd'hui d'étudier l'architecture de ces interactions.
La Géosystémie rejoint ici l'intuition d'Edgar Morin : le réel ne se laisse comprendre qu'en reliant ce que nos disciplines ont pris l'habitude de séparer.
La géosystémie, ou l’organisation des interactions
Le propre d’un système n’est pas d’additionner ses éléments, mais de produire, par leur interaction, une réalité nouvelle. Un orchestre n’est pas une collection d’instruments ; une nation, la somme de ses habitants. Entre les parties surgit quelque chose de nouveau : une harmonie, une confiance ou un désordre que tous alimentent.
La géosystémie étudie précisément cet espace de l’« entre » : le dialogue du territoire avec l’histoire, de la culture avec les institutions, de la technologie avec la puissance, de l’écologie avec l’économie. Son objet n’est pas seulement l’État, mais l’écosystème de relations dans lequel il agit.
Elle se distingue d’une interdisciplinarité de juxtaposition. Réunir un économiste, un historien et un géographe ne suffit pas. Encore faut-il étudier les rétroactions, les seuils de rupture, les effets d’amplification et les réalités nouvelles qui émergent de leurs interactions.
Cette approche distingue la richesse de la puissance. La richesse est une ressource ; la puissance, une organisation. Un pays peut posséder du pétrole et demeurer dépendant. Un autre, pauvre en matières premières, peut convertir l’éducation, le commerce et l’innovation en influence. La différence réside moins dans l’inventaire des biens que dans la qualité des liens qui les unissent.
Les civilisations ne meurent pas d'un manque de ressources ; elles meurent lorsque leurs interactions cessent de produire un avenir commun.
La géosystémie n’offre ni recette universelle ni formule magique. Elle propose une grammaire pour comprendre pourquoi un système absorbe les chocs tandis qu’un autre, apparemment robuste, s’effondre. Elle ne prédit pas l’avenir ; elle en repère les tensions, les bifurcations et les possibles.
Nommer le monde avant qu’il ne nous échappe
Un mot nouveau n’est légitime que s’il révèle une réalité que les mots anciens laissaient dans la pénombre. Sans cela, il n’est qu’un vêtement neuf posé sur une pensée usée.
La géosystémie devra donc mériter son nom.
Elle le méritera si elle explique pourquoi certaines nations transforment leurs blessures en puissance, tandis que d’autres gaspillent leurs privilèges. Si elle montre que le développement ne dépend ni d’une institution fétichisée, ni d’une ressource providentielle, mais de la cohérence entre justice, organisation, territoire, savoir, culture et capacité de se projeter dans le temps.
Elle le méritera surtout si elle nous délivre d’une illusion tenace : croire que les crises arrivent séparément.
La crise écologique n’attend pas que la crise sociale s’achève. La révolution technologique ne suspend pas son cours pendant les guerres. Les fractures identitaires ne s’effacent pas devant l’économie. Toutes avancent ensemble, se contaminent ou s’exaspèrent. Le monde contemporain n’est plus une succession de tempêtes. Il est devenu le climat qui les engendre.
Nous avions appris à étudier les forces ; il faut comprendre leurs rencontres. À mesurer les puissances ; il faut découvrir les relations qui les font naître. À regarder les États comme des blocs ; il faut les voir comme des organismes traversés de mémoires, de flux et de failles.
La géosystémie n’annonce pas la mort des anciennes théories. Elle les convoque autour d’une même table, leur retire la prétention de régner seules et les oblige à dialoguer. Elle introduit de la polyphonie là où régnait la solitude des certitudes.
Car le monde ne périt pas toujours faute d’intelligence. Il lui arrive de se perdre parce que ses intelligences, enfermées dans leurs disciplines, ne savent plus se parler.
Un mot nouveau ne change pas le cours de l’Histoire. Mais il peut lui rendre la vue.
La géostratégie étudie les mouvements des joueurs. La géosystémie étudie les règles invisibles qui font bouger tout l'échiquier.
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