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Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres
Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres
Par Jamel BENJEMIA
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On a longtemps considéré que la cartographie de la pauvreté relevait d’une évidence. D’un côté, le monde dit avancé ; de l’autre, celui qui ambitionnait de le rejoindre. Le Nord et le Sud. Puis s’est imposée, sous la plume d’Alfred Sauvy en 1952, la catégorie du tiers-monde, avant que le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, n’offre à la grande pauvreté une autre visibilité et une autre appellation : le quart-monde, cette misère tapie au cœur même des sociétés d’abondance.
Au cœur de certaines des nations les plus riches surgissent aujourd’hui des scènes que l’ancien lexique peine à saisir : files d’attente devant les banques alimentaires, salariés demeurant pauvres malgré l’emploi, familles étranglées par le coût du logement, étudiants rationnant leurs repas, retraités arbitrant entre se chauffer et se nourrir, personnes à la rue dormant à quelques pâtés de maisons des vitrines du luxe.
Il suffit parfois de quelques stations de métro pour passer d’une topographie de l’opulence à un tout autre pays.
Or ces États ne sont ni démunis ni économiquement défaillants.
Leurs économies pèsent des milliers de milliards, leurs entreprises opèrent sur tous les continents, leurs universités recrutent les élites mondiales.
Comment désigner une telle contradiction ?
Peut-être convient-il de risquer un troisième terme : le demi-monde.
Le mot n’est pas vierge. En 1855, Alexandre Dumas fils donnait à voir, dans Le Demi-Monde, un milieu gravitant autour de la richesse, du pouvoir et de leurs codes. Plus d’un siècle et demi plus tard, les salons ont changé, les couloirs aussi. Les courtisans, eux, n’ont pas disparu.
Dans ce nouveau sens, le demi-monde désignerait ces nations suffisamment riches pour être classées parmi les économies développées, mais assez fracturées pour qu’une partie de leur population ait cessé d’en partager effectivement la prospérité.
Riches, certes, mais prospères pour qui ?
Le produit intérieur brut sait compter. Il sait moins bien raconter. Il additionne ce qu’une nation produit, échange, construit. Mais entre ses colonnes disparaît souvent l’essentiel : la manière dont cette richesse atteint, ou n’atteint plus, la vie ordinaire.
Une moyenne flatteuse peut parfaitement résulter de la cohabitation d’un milliardaire et de mille travailleurs précaires.
C’est ici que s’enracine le malentendu.
Durant des décennies, l’augmentation de la richesse nationale a été tenue pour l’indice le plus sûr de l’amélioration du sort commun. La métaphore de la marée qui soulève tous les bateaux semblait aller de soi. Elle portait en elle la promesse du ruissellement : la richesse créée au sommet devait, tôt ou tard, descendre les étages de la société, relever les revenus et irriguer jusqu’aux plus modestes.
Cette mécanique s’est enrayée.
Dans plusieurs économies développées, l’emploi ne protège plus nécessairement de la vulnérabilité. L’appartenance aux classes moyennes ne garantit plus la possibilité d’épargner. De nombreux ménages, sans être statistiquement pauvres, vivent désormais au voisinage du basculement. Leur équilibre tient moins à un niveau de vie assuré qu’à l’absence d’accident.
La ligne de fracture de la pauvreté ne sépare donc plus uniquement des ensembles nationaux. Elle traverse désormais les nations elles-mêmes.
C’est peut-être là que les mots nous trompent. La richesse dit ce qu’un pays possède ; la prospérité, ce que ses habitants peuvent réellement en vivre.
Entre les deux s’est ouvert un espace.
C’est là que s’installe le demi-monde.
Lorsque l’abondance côtoie le manque
Il faut éviter les raccourcis. La pauvreté observée à Paris, Londres ou New York n’est pas assimilable à celle de régions privées d’eau potable, de soins essentiels ou d’infrastructures de base.
Le scandale propre au demi-monde relève d’une autre logique : il tient à l’écart entre les ressources disponibles et les garanties effectivement offertes à chacun.
Quand une économie souffre de rareté, celle-ci explique pour partie la misère. Lorsque, au contraire, l’opulence et le dénuement partagent le même espace, parfois la même rue, la question se déplace. Il ne s’agit plus de demander combien possède la société, mais comment elle organise ce qu’elle possède.
Un pays peut accumuler des actifs tandis que sa cohésion s’érode, multiplier les fortunes privées tout en fragilisant ses classes moyennes, ériger des tours étincelantes tandis qu’à leur pied s’enracine le sentiment d’une prospérité devenue hors de portée.
Le demi-monde n’est donc ni le tiers-monde ni le quart-monde. Il est le paradoxe d’une société où la pauvreté perdure alors même que les moyens de la réduire existent.
Et cet avertissement ne concerne pas les seules démocraties occidentales.
Les pays qui ambitionnent de rejoindre le cercle des économies développées gagneraient à ne pas se demander seulement quand ils deviendront riches, mais quelle société ils entendent bâtir avec cette richesse.
Car un État peut franchir le seuil de la richesse bien avant que son peuple n’atteigne celui de la prospérité.
L’impôt et ses antichambres
Toute inégalité n’est pas nécessairement une injustice. La créativité, la prise de risque propre à l’entrepreneuriat, l’excellence technique, l’effort soutenu ou la rareté d’une expertise peuvent, à bon droit, engendrer des écarts de rémunération.
L’inégalité change pourtant de nature lorsqu’elle ne procède plus seulement de la création de valeur, mais aussi de la capacité inégalement répartie à peser sur les règles de son partage.
C’est à ce point que l’impôt devient une affaire éminemment politique.
Devant l’impôt, tous les citoyens sont égaux en droit. Ils le sont beaucoup moins en moyens.
À mesure que les patrimoines s’accroissent, les instruments se sophistiquent : holdings, arbitrages d’actifs, choix de juridictions, optimisation et conseil fiscal sur mesure.
Ces dispositifs n’ont rien, en eux-mêmes, d’illégal. La difficulté tient moins à la fraude qu’à l’asymétrie des moyens que les contribuables peuvent mobiliser face à la norme fiscale.
Et voici la dette. Elle entre dans l’histoire comme une créancière silencieuse : avant même que l’État ne décide ce qu’il fera de ses recettes, une part du lendemain appartient déjà au passé. Plus son poids augmente, plus se resserre l’espace où arbitrer entre école, santé, investissement et protection sociale. La dette ne fabrique pas le demi-monde. Mais lorsqu’elle étrangle les marges publiques, elle peut en approfondir les fissures.
L’épisode français de la taxe dite « Zucman », inspirée des travaux de l’économiste et traduite dans une proposition d’impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, a cristallisé cette tension.
Reste une question : jusqu’où demander davantage à ceux qui ont le moins de moyens pour organiser leur contribution, lorsque les détenteurs des patrimoines les plus considérables peuvent, eux, mobiliser expertises juridiques et réseaux d’influence pour défendre leurs intérêts ?
L’impôt ne se réduit alors plus à un barème. Il engage la question du consentement.
Un citoyen accepte difficilement qu’une règle se veuille commune si, au moment d’être appliquée, elle semble s’ouvrir par plusieurs portes.
Les demi-mondains d’aujourd’hui
C’est ici qu’Alexandre Dumas fils réapparaît dans notre imaginaire collectif.
Le Demi-Monde de Dumas avait ses courtisans, ses antichambres et tout un microcosme aimanté par la richesse.
Le XXIe siècle s’est doté de ses propres médiateurs : lobbyistes, consultants, conseillers, fiscalistes. Leurs fonctions sont légitimes et souvent indispensables. Il va de soi que tous ne travaillent pas au bénéfice des plus puissants.
Seulement voilà : toutes les voix ne parlent pas à la même distance du pouvoir.
Le retraité n’a pas d’antichambre. Le salarié n’a pas de cabinet pour recomposer son impôt. Le travailleur pauvre, lui, n’a guère d’actifs à déplacer d’une juridiction à l’autre.
Certaines grandes fortunes peuvent, en revanche, réunir autour d’elles les meilleures expertises afin de préserver les conditions de leur enrichissement.
À l’autre extrémité, des ménages ne se demandent plus comment accroître ce qu’ils possèdent, mais comment préserver ce qu’ils risquent de perdre : leur autonomie, leur sécurité, parfois simplement leur place dans la société.
C’est là que le demi-monde révèle sa véritable fracture : non parce que l’existence des riches constituerait une nouveauté, mais parce que l’enrichissement fulgurant des uns et l’appauvrissement éprouvé des autres finissent par apparaître comme deux mouvements contraires d’un même mécanisme d’horlogerie.
Dumas décrivait les demi-mondains qui évoluaient dans l’orbite des riches.
Notre époque a peut-être inventé ceux qui veillent à ce qu’ils le restent.
Et c’est peut-être là la définition contemporaine du demi-monde : un pays suffisamment riche pour ne plus pouvoir expliquer ses pauvres par son manque de ressources, mais pas encore assez juste pour empêcher que la prospérité se fracture entre eux.
Quand « America First » change de camp
Quand « America First » change de camp
Par Jamel BENJEMIA
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Il arrive que les élections se jouent sur une question qui ne figure pas sur le bulletin de vote.
En novembre prochain, les Américains éliront des sénateurs, des représentants, des gouverneurs. Ils parleront du prix de l’essence, des loyers, de l’immigration, de l’emploi, de Donald Trump. Ils mesureront, comme toujours, la politique à l’aune très concrète de leur portefeuille. Et pourtant, derrière ces préoccupations domestiques, une ombre venue de la Méditerranée orientale pourrait accompagner l’électeur jusque dans l’isoloir : Gaza.
Pendant des décennies, le soutien à Israël fut à Washington l’un de ces rares axiomes que les alternances électorales modifiaient à peine. Républicains et démocrates pouvaient s’écharper sur les impôts, l’avortement, l’immigration ou la protection sociale ; mais sur Israël, les nuances demeuraient contenues dans les marges d’un consensus stratégique.
Ce temps se fissure.
La victoire d’Abdul El-Sayed dans la primaire démocrate du Michigan en fournit le signe le plus spectaculaire. Médecin, épidémiologiste, fils d’immigrés égyptiens, critique de la politique israélienne à Gaza, il a vaincu Haley Stevens malgré la formidable puissance financière mobilisée par le camp pro-israélien. Bernie Sanders l’avait soutenu. Après sa victoire, Barack Obama s’est entretenu chaleureusement avec lui. Ce qui ressemblait encore à une candidature périphérique devient une affaire nationale.
Les spécialistes de l’alchimie électorale diront qu’Obama pourrait désormais lui apporter le zeste décisif d’un « Michigan, Yes We Can ».
Dans le Minnesota, une autre digue a cédé : Peggy Flanagan, citoyenne de la White Earth Nation, a remporté la primaire démocrate pour le Sénat et pourrait devenir la première femme amérindienne à y siéger.
Deux victoires différentes, un même murmure.
L’Amérique électorale cherche une autre grammaire.
Et, ironie délicieuse, elle pourrait aller la chercher jusque dans le vocabulaire de Donald Trump : America First.
Le Michigan, ou la défaite de l’argent-roi
Il faudra longtemps méditer la primaire du Michigan.
Non qu’Abdul El-Sayed soit soudain devenu le nouveau visage de l’Amérique démocrate. Ce serait aller trop vite en besogne. Mais parce que sa victoire a brisé l’une des équations les mieux établies de la politique américaine : à une certaine hauteur de dépenses électorales correspondrait presque mécaniquement une certaine capacité à façonner le choix des électeurs.
Or la machine s’est enrayée.
Des millions de dollars ont été mobilisés dans la bataille menée contre El-Sayed et en faveur de sa rivale. L’AIPAC, acteur majeur du soutien américain à Israël, avait fait de cette primaire un test de son influence. Pourtant, l’argent avait choisi son obstacle ; les électeurs ont choisi leur candidat. El-Sayed est passé.
Il y a dans cet épisode quelque chose qui dépasse Gaza.
Une partie de l’électorat démocrate paraît désormais considérer l’influence de l’argent sur la politique étrangère comme une question démocratique intérieure. Ce déplacement est capital. On ne demande plus seulement : « êtes-vous pour ou contre Israël ? » On commence à demander : « qui détermine la politique américaine ? »
Et cette interrogation change tout.
El-Sayed ne s’est d’ailleurs pas contenté d’un discours sur le Proche-Orient. Santé, coût de la vie, pouvoir des grandes entreprises, financement de la politique : Gaza s’insère chez lui dans une critique plus vaste de la dépossession démocratique.
Le conflit lointain rejoint alors le malaise intérieur.
L’électeur ne regarde plus seulement Gaza comme une tragédie étrangère. Il regarde Washington et demande : combien cela coûte-t-il, qui décide, et au nom de qui ?
Quand Gaza traverse l’Atlantique
Les guerres possèdent parfois une étrange géographie : elles éclatent quelque part et produisent leurs effets politiques ailleurs.
Gaza est de celles-là.
Les images de destruction, les victimes civiles, les controverses sur l’aide militaire américaine ont progressivement déplacé une partie de l’opinion démocrate, particulièrement parmi les jeunes électeurs et les courants progressistes. Une fracture longtemps contenue est devenue visible.
Il serait cependant simpliste d’imaginer les élections de novembre transformées en référendum sur Israël. L’Amérique vote d’abord avec ses inquiétudes américaines. Le prix des courses demeure souvent plus puissant que les cartes du Proche-Orient.
Mais Gaza agit autrement.
Comme un révélateur.
Le conflit oblige les candidats à répondre à une question que l’on pouvait autrefois contourner : jusqu’où l’Amérique doit-elle engager son argent, ses armes et son crédit diplomatique dans les guerres de ses alliés ?
C’est ici que la politique américaine accomplit l’une de ces pirouettes dont l’Histoire raffole.
Car cette interrogation fut précisément celle qui nourrit le trumpisme.
Donald Trump avait bâti une partie de son ascension sur une promesse élémentaire : l’Amérique devait cesser de payer pour les autres.
Or voici que certains démocrates peuvent reprendre cette logique pour l’appliquer à Gaza.
Pourquoi financer sans condition une guerre étrangère lorsque les infrastructures vieillissent ? Pourquoi trouver des milliards pour des armes lorsque tant d’Américains redoutent une facture médicale ?
Le slogan n’a pas changé.
Mais celui qui le prononce pourrait changer de camp.
America First contre MAGA
Les slogans ont parfois des destins facétieux. Ils naissent quelque part, deviennent un étendard, puis un adversaire les ramasse sur le champ de bataille.
America First pourrait connaître cette mésaventure.
Donald Trump ne l’a pas inventé. Il l’a accaparé, jusqu’à en faire l’un des sceaux du MAGA (Make America Great Again) : frontières, protectionnisme, défiance envers les alliances coûteuses et promesse de ne plus laisser le contribuable américain régler l’addition du monde.
Mais il existe une autre manière de placer l’Amérique en premier.
Un vieux républicain en savait quelque chose : Dwight Eisenhower. Général victorieux, président peu suspect de pacifisme contemplatif, il quitta pourtant la Maison-Blanche en avertissant ses compatriotes contre l’emprise du « complexe militaro-industriel ».
Soixante-cinq ans plus tard, l’ironie est presque insolente : il suffirait à certains démocrates de dépoussiérer Eisenhower pour paraître plus fidèles à sa prudence que les héritiers MAGA de Reagan et de Trump.
Gaza offre précisément ce retournement.
Si l’Amérique doit passer en premier, pourquoi ses engagements extérieurs échapperaient-ils à l’examen de leur coût et de leur finalité ? Pourquoi chaque milliard consacré à une guerre étrangère serait-il soustrait au débat lorsque les familles américaines comptent leurs dépenses de santé, de logement ou d’éducation ?
La question n’est donc plus seulement morale.
Elle devient budgétaire, sociale et, suprême malice de l’Histoire, presque eisenhowerienne.
Les démocrates pourraient ainsi contester au MAGA son bien le plus jalousement gardé : le monopole d’America First.
Non plus l’Amérique seule.
Mais l’Amérique d’abord responsable d’elle-même.
Le bulletin et le miroir
On aurait donc tort d’annoncer que Gaza décidera, à elle seule, des élections américaines de novembre.
Les démocraties sont des organismes trop complexes pour se laisser enfermer dans une cause unique. L’inflation pèsera. L’immigration pèsera. Donald Trump pèsera. Les personnalités locales, les redécoupages électoraux, la mobilisation des minorités et l’inépuisable inquiétude de la classe moyenne pèseront également.
Mais Gaza sera là.
Non nécessairement au sommet des sondages, mais comme une présence transversale, un miroir tendu à l’Amérique sur ce qu’elle veut encore être dans le monde.
La victoire d’Abdul El-Sayed a révélé que, dans l’arène électorale, l’argent ne saurait à lui seul dicter le verdict des urnes. Celle de Peggy Flanagan rappelle qu’une République peut voir s’entrouvrir les portes du pouvoir pour ceux que son histoire avait trop longtemps maintenus en lisière. Et la possible réappropriation d’America First révèle quelque chose de plus profond : les frontières idéologiques américaines se déplacent.
Le 3 novembre 2026, les Américains ne voteront donc pas pour ou contre Gaza.
Ils voteront dans une Amérique que Gaza aura contribué à interroger.
Car les grandes tragédies traversent parfois les océans sans déplacer une seule frontière. Elles s’insinuent dans les esprits, dérangent les fidélités, ébranlent les vieux consensus.
Puis vient le jour de l’élection.
Elles se glissent derrière le rideau de l’isoloir.
Et c’est là, dans le secret d’un bulletin, que les guerres lointaines découvrent parfois leur frontière la plus inattendue :
la conscience d’un électeur.
La Géosystémie : pourquoi un nouveau mot ?
La Géosystémie : pourquoi un nouveau mot ?
Par Jamel BENJEMIA
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Les civilisations ne deviennent pas obscures parce qu’elles se taisent. Elles le deviennent lorsque les mots hérités ne suffisent plus à contenir ce qu’elles vivent.
Il arrive qu’une époque change avant que le langage ne s’en aperçoive. Les crises s’enchaînent, les puissances se déplacent, mais nous nommons le présent avec le vocabulaire d’un paysage disparu. Nous parlons de géopolitique comme si le territoire expliquait seul le destin des nations ; d’économie comme si la richesse échappait aux passions humaines ; de technologie ou de culture comme si chaque force pouvait être isolée du monde.
Or rien n’est intact. Tout agit sur tout.
Une pénurie d’eau déplace des populations ; leur déplacement ébranle les frontières ; la peur modifie les élections ; celles-ci déplacent les alliances et les investissements. La cause devient conséquence, puis revient hanter la cause. L’Histoire dessine des boucles, des nœuds, des spirales.
C’est dans cet entrelacs que naît la géosystémie. Elle n’abolit aucune discipline. Elle cherche à voir ensemble ce que nos savoirs séparent et à comprendre ce que leurs interactions font surgir. Pourquoi un nouveau mot ? Parce que changer de regard exige parfois de changer de langue.
La géopolitique observe les puissances sur la carte. La géosystémie cherche à comprendre le système invisible qui les fait naître, durer ou disparaître. Elle ne se confond toutefois pas avec le géosystème de la géographie physique.
Le monde morcelé par ceux qui l’étudient
La connaissance moderne s’est construite par séparation. Pour comprendre le réel, elle l’a découpé. Chaque discipline affina ainsi ses instruments. Mais à force d’étudier les fragments, nous avons perdu l’ensemble.
L’économiste mesure les échanges ; le géographe observe les territoires ; le politologue analyse les institutions ; le sociologue déchiffre les comportements ; le stratège compte les armes. Chacun détient une pièce du vitrail, sans parvenir à restituer la lumière qui les traverse toutes.
Nos théories tiennent tant que le réel consent à demeurer dans les limites qu’elles lui assignent. Elles vacillent lorsque les frontières se brouillent. Comment comprendre la puissance chinoise en dissociant histoire, politique, industrie, démographie et technologie ? Comment expliquer le déclin d’un État par son seul produit intérieur brut lorsque ses institutions se délitent et que l’avenir commun se retire des consciences ?
Ce qui manque n’est pas une donnée supplémentaire : nous croulons déjà sous les chiffres. Ce qui manque est une architecture capable de les relier. La géosystémie commence lorsque le savoir cesse d’empiler les pierres et tente enfin de comprendre l’édifice.
La géopolitique ne suffit plus à contenir la puissance
La géopolitique eut le mérite de rendre sa gravité à la carte. Elle rappela que les mers, les détroits, les ressources et les distances ne sont pas des décors, mais des acteurs silencieux de l’Histoire. Pourtant, le territoire n’est plus l’unique théâtre de la puissance.
Une frontière peut être franchie sans armée. Un algorithme influence une société sans occuper son sol. Une monnaie étrangle une économie lointaine. Une plateforme façonne les désirs de peuples dont elle ignore les blessures. Le territoire demeure ; il n’est plus seul.
La géoéconomie a intégré marchés et sanctions. Le réalisme privilégie la puissance ; le libéralisme, les institutions ; les théories civilisationnelles, la culture. Chacune éclaire une façade, sans jamais suffire à restituer toute la maison.
La puissance ne se réduit donc pas à ce qu’un État possède. Elle dépend de la manière dont il organise ses ressources, relie ses institutions et transforme ses contraintes en capacités. Deux pays dotés de richesses comparables peuvent connaître des destins opposés : l’un compose ses forces ; l’autre les disperse.
La géosystémie ne demande pas seulement : « Qui est puissant ? » Elle cherche quel système permet à cette puissance d’apparaître, de durer ou de se dissoudre. Elle déplace l’analyse de l’inventaire vers l’organisation, de la force visible vers l’architecture qui la rend possible.
De la causalité solitaire à la polyphonie du réel
Les grandes théories aiment les causes souveraines. Pour les unes, l’économie mène le monde ; pour les autres, la géographie, les institutions, la culture ou la technologie. Cette clé unique rassure : une serrure, une porte, et l’univers retrouve l’apparence de l’ordre.
Mais les sociétés humaines ne sont pas des portes. Elles ressemblent à des instruments dont les cordes vibrent ensemble. Toucher l’une modifie le son des autres.
La géosystémie rompt avec la causalité solitaire. Elle ne nie pas les causes ; elle refuse de leur attribuer un trône éternel. Une innovation bouleverse l’économie ; cette mutation transforme la société ; la société appelle de nouvelles règles politiques ; ces règles orientent à leur tour la recherche. La boucle se referme sans reproduire son point de départ.
Braudel nous a appris que les civilisations s'inscrivent dans la longue durée. Ibn Khaldoun avait montré qu'elles vivent de l'équilibre de leurs relations. La Géosystémie propose aujourd'hui d'étudier l'architecture de ces interactions.
La Géosystémie rejoint ici l'intuition d'Edgar Morin : le réel ne se laisse comprendre qu'en reliant ce que nos disciplines ont pris l'habitude de séparer.
La géosystémie, ou l’organisation des interactions
Le propre d’un système n’est pas d’additionner ses éléments, mais de produire, par leur interaction, une réalité nouvelle. Un orchestre n’est pas une collection d’instruments ; une nation, la somme de ses habitants. Entre les parties surgit quelque chose de nouveau : une harmonie, une confiance ou un désordre que tous alimentent.
La géosystémie étudie précisément cet espace de l’« entre » : le dialogue du territoire avec l’histoire, de la culture avec les institutions, de la technologie avec la puissance, de l’écologie avec l’économie. Son objet n’est pas seulement l’État, mais l’écosystème de relations dans lequel il agit.
Elle se distingue d’une interdisciplinarité de juxtaposition. Réunir un économiste, un historien et un géographe ne suffit pas. Encore faut-il étudier les rétroactions, les seuils de rupture, les effets d’amplification et les réalités nouvelles qui émergent de leurs interactions.
Cette approche distingue la richesse de la puissance. La richesse est une ressource ; la puissance, une organisation. Un pays peut posséder du pétrole et demeurer dépendant. Un autre, pauvre en matières premières, peut convertir l’éducation, le commerce et l’innovation en influence. La différence réside moins dans l’inventaire des biens que dans la qualité des liens qui les unissent.
Les civilisations ne meurent pas d'un manque de ressources ; elles meurent lorsque leurs interactions cessent de produire un avenir commun.
La géosystémie n’offre ni recette universelle ni formule magique. Elle propose une grammaire pour comprendre pourquoi un système absorbe les chocs tandis qu’un autre, apparemment robuste, s’effondre. Elle ne prédit pas l’avenir ; elle en repère les tensions, les bifurcations et les possibles.
Nommer le monde avant qu’il ne nous échappe
Un mot nouveau n’est légitime que s’il révèle une réalité que les mots anciens laissaient dans la pénombre. Sans cela, il n’est qu’un vêtement neuf posé sur une pensée usée.
La géosystémie devra donc mériter son nom.
Elle le méritera si elle explique pourquoi certaines nations transforment leurs blessures en puissance, tandis que d’autres gaspillent leurs privilèges. Si elle montre que le développement ne dépend ni d’une institution fétichisée, ni d’une ressource providentielle, mais de la cohérence entre justice, organisation, territoire, savoir, culture et capacité de se projeter dans le temps.
Elle le méritera surtout si elle nous délivre d’une illusion tenace : croire que les crises arrivent séparément.
La crise écologique n’attend pas que la crise sociale s’achève. La révolution technologique ne suspend pas son cours pendant les guerres. Les fractures identitaires ne s’effacent pas devant l’économie. Toutes avancent ensemble, se contaminent ou s’exaspèrent. Le monde contemporain n’est plus une succession de tempêtes. Il est devenu le climat qui les engendre.
Nous avions appris à étudier les forces ; il faut comprendre leurs rencontres. À mesurer les puissances ; il faut découvrir les relations qui les font naître. À regarder les États comme des blocs ; il faut les voir comme des organismes traversés de mémoires, de flux et de failles.
La géosystémie n’annonce pas la mort des anciennes théories. Elle les convoque autour d’une même table, leur retire la prétention de régner seules et les oblige à dialoguer. Elle introduit de la polyphonie là où régnait la solitude des certitudes.
Car le monde ne périt pas toujours faute d’intelligence. Il lui arrive de se perdre parce que ses intelligences, enfermées dans leurs disciplines, ne savent plus se parler.
Un mot nouveau ne change pas le cours de l’Histoire. Mais il peut lui rendre la vue.
La géostratégie étudie les mouvements des joueurs. La géosystémie étudie les règles invisibles qui font bouger tout l'échiquier.
Le dernier tabou à l'épreuve de l'intelligence artificielle
Le dernier tabou à l'épreuve de l'intelligence artificielle
Par Jamel BENJEMIA
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Le 6 août 1945, Hiroshima ne révéla pas seulement une arme nouvelle. La ville japonaise devint le miroir noir dans lequel l’humanité aperçut, pour la première fois, la possibilité de sa propre fin. Trois jours plus tard, Nagasaki ôta à l’effroi son caractère d’hypothèse. Désormais, la civilisation possédait le moyen de s’abolir elle-même.
Depuis lors, une paix singulière s’est installée, moins fondée sur la confiance que sur la retenue. Les arsenaux ont grandi, les rivalités se sont multipliées, les crises ont parfois conduit le monde jusqu’au bord du gouffre ; pourtant, le seuil nucléaire n’a plus été franchi. Les stratèges ont nommé cette abstention le « tabou nucléaire ». L’expression est froide. La réalité, elle, relève presque du sacré : les hommes ont conservé la conscience qu’il existe des victoires dont aucun survivant ne pourrait se glorifier.
Or cette digue morale entre aujourd’hui dans une zone de tempête. La guerre en Ukraine a rendu à l’atome sa place dans le vocabulaire des menaces. L’affrontement américano-iranien se déploie au nom de l’objectif officiellement affiché d’empêcher Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire. À cette géopolitique déjà explosive s’ajoute une révolution plus silencieuse : l’intelligence artificielle pénètre les centres de commandement, accélère l’analyse, prétend réduire l’incertitude et, surtout, comprime le temps laissé au doute.
La question n’est donc plus seulement de savoir qui possède la bombe, mais qui, de l’homme ou du calcul, gouvernera l’instant où il faudra choisir de ne pas l’utiliser.
La victoire invisible de la retenue
Les grandes conquêtes de l’humanité ne sont pas toujours celles que l’on grave dans le marbre. Certaines se mesurent à l’abîme évité. Depuis 1945, le monde a connu des guerres, des invasions, des génocides et des crises où la raison semblait s’être retirée. Pourtant, l’arme atomique n’a plus été employée. Cette abstention, fragile et jamais garantie, demeure peut-être la victoire morale la plus considérable de notre temps.
La dissuasion en explique une part : chacun renonce à frapper parce qu’il sait qu’il périra avec son ennemi. Mais le tabou nucléaire va plus loin que cette arithmétique de la peur. Il trace une frontière intérieure. Au-delà d’un certain degré de destruction, la guerre cesse d’être un instrument politique pour devenir une profanation de l’avenir.
La crise de Cuba l’a montré : le monde fut sauvé non par l’infaillibilité des systèmes, mais par la faculté humaine de ralentir, d’écouter, de douter. Quelques hommes refusèrent alors de confondre fermeté et aveuglement. Cette hésitation, que les doctrines militaires méprisent parfois, fut une forme supérieure de courage.
Le tabou nucléaire repose donc sur une mémoire : celle d’Hiroshima, ce tombeau ouvert dans la conscience universelle. Tant qu’elle demeure vivante, la puissance peut consentir à sa propre limite. Mais lorsqu’une époque admire la vitesse davantage que le jugement, la retenue devient vulnérable.
Le retour de l’atome dans un monde sans boussole
On avait cru, après la chute de l’Union soviétique, que l’atome rejoindrait le musée des terreurs anciennes. La mondialisation devait adoucir les rivalités. Cette confiance n’aura duré qu’une génération. La géographie a repris ses droits, avec ses détroits, ses frontières, ses ressources rares et ses vieilles blessures.
Le dossier iranien condense cette nouvelle époque. Les États-Unis et Israël affirment vouloir empêcher Téhéran de franchir le seuil militaire. L’Iran revendique un programme nucléaire civil et rappelle avoir privilégié la voie diplomatique : l’accord de Vienne fut conclu en 2015 sous Barack Obama, puis un mémorandum fut signé le 17 juin 2026, Donald Trump apposant sa signature à Versailles. Washington s’est retiré du premier en 2018 ; quant au second, les événements n’auront mis que quelques semaines à en révéler la précarité. Comment exiger de Téhéran le respect absolu de sa parole lorsque l’Amérique traite la sienne comme révocable au gré des circonstances ?
Pendant ce temps, la Corée du Nord perfectionne son arsenal, l’Inde et le Pakistan vivent sous une dissuasion réciproque, la Chine accroît ses capacités, la Russie rappelle les siennes et les États-Unis rénovent leur triade. L’atome n’a pas disparu ; il a changé de décor.
Ce retour devient vertigineux au moment précis où l’intelligence artificielle transforme la guerre.
Mais le plus troublant demeure cette géométrie variable du droit international : ce qui est toléré chez les uns devient proscrit chez les autres. À la fin des années 1960, le physicien tunisien Béchir Torki conçut un projet pionnier de centrale nucléaire civile associant production d'électricité et dessalement de l'eau de mer afin d'accompagner le développement du Sud tunisien. Ce projet, finalement abandonné dans un contexte de fortes réticences américaines, présentait des similitudes saisissantes avec le programme de développement nucléaire et de dessalement envisagé quelques années plus tard dans le Néguev israélien. L'Histoire n'a jamais établi l'existence d'un lien de filiation entre les deux projets ; elle révèle en revanche une constante plus dérangeante : certains États peuvent explorer l'atome au nom du développement, tandis que d'autres se voient contester jusqu'au droit d'en concevoir l'ambition.
Quand la machine confisque l’hésitation
Toutes les révolutions militaires ont accru la portée des armes. L’intelligence artificielle, elle, modifie la durée de la décision. Satellites, drones, capteurs, écoutes, cyberdéfenses : une masse presque inhumaine de données converge vers des systèmes capables de repérer une anomalie, de bâtir des scénarios et de recommander une riposte avant que l’esprit humain ait ordonné les faits.
Le danger le plus crédible n’est pas celui d’un robot devenu souverain, qui déclencherait seul l’apocalypse. Il est plus discret, donc plus redoutable. Il commence le jour où le responsable politique ne décide plus vraiment, mais ratifie une solution présentée comme l’aboutissement de millions de simulations. Comment contredire une machine qui prétend avoir comparé tous les possibles ? Comment douter lorsque chaque seconde devient un risque ?
À cet instant, la responsabilité ne disparaît pas ; elle se dilue. L’homme demeure juridiquement maître, mais devient psychologiquement captif du calcul. La machine n’ordonne pas : elle rend le refus presque coupable.
Or le tabou nucléaire s’est construit sur ce que l’algorithme ignore : la conscience de l’irréparable. Une intelligence artificielle peut mesurer les destructions, estimer les pertes, prévoir l’effondrement d’un réseau. Elle ne connaîtra jamais le silence d’une ville anéantie, ni le remords d’avoir condamné des enfants innocents.
Si la politique devient la continuation de l’algorithme sous les apparences d’une décision humaine, la guerre aura changé de maître sans que personne n’ose le reconnaître.
Le secret de Polichinelle et le nouvel âge de la responsabilité
La non-prolifération a longtemps reposé sur deux murailles. La première était matérielle : matières fissiles, installations industrielles, vecteurs et infrastructures de production. La seconde était intellectuelle : un savoir fragmenté, complexe, jalousement conservé par les États et quelques scientifiques privilégiés.
L’intelligence artificielle ne supprime pas la barrière matérielle : elle ne fournit ni l’uranium enrichi ni les installations nécessaires. Elle fragilise cependant la muraille intellectuelle, rapproche des savoirs dispersés, accélère les calculs et réduit le coût de modélisations autrefois réservées à des équipes hautement spécialisées. Le savoir nucléaire n’est plus le sanctuaire impénétrable qu’il fut autrefois ; le véritable secret réside désormais dans la chaîne industrielle clandestine capable de le convertir en arme. Dès lors, des puissances que l’on croyait durablement éloignées du seuil pourraient s’en approcher dans le silence, et réserver au monde de redoutables surprises.
L’enjeu n’est pas de brider l’intelligence artificielle, mais de lui assigner une place : qu’elle éclaire sans commander, alerte sans conclure, conseille sans acquérir le prestige d’un oracle. Une civilisation qui délègue aux machines la décision de survivre renonce déjà à sa souveraineté morale.
Désormais, la maîtrise du savoir comptera moins que la capacité d’en répondre devant l’humanité.
Rendre le veto à l’humanité
Depuis Hiroshima, l’humanité n’a pas été protégée par la bonté des arsenaux, mais par les instants de lucidité où des dirigeants refusèrent l’escalade.
L’intelligence artificielle nous place devant une épreuve comparable. Elle peut devenir l’accélérateur suprême de la confrontation ou le plus puissant instrument de prévention jamais conçu. Mais la technique n’a pas de morale propre. Elle reflétera la force de nos institutions ou amplifiera leurs faiblesses.
Or l’ordre international demeure prisonnier de 1945. Le Conseil de sécurité perpétue l’iniquité d’un droit de veto réservé à cinq puissances. Ce privilège paralysant contredit l’idée même de communauté internationale. Puisque l’anéantissement nucléaire ne connaît ni frontières ni souverainetés, aucun État ne devrait pouvoir, par son seul veto, soustraire sa conduite au jugement de la communauté humaine.
Il faut donc refonder les Nations unies en révisant la Charte : lorsqu’un veto bloque une résolution concernant une menace, une agression caractérisée ou un crime de masse, un vote des trois quarts de l’Assemblée générale devrait pouvoir le lever. La réforme paraît presque impossible, puisqu’elle suppose l’assentiment de ceux qu’elle dessaisirait. Mais l’Histoire commence souvent par déclarer nécessaire ce que les puissances jugeaient impossible.
Car lorsque le savoir circule presque à la vitesse de la lumière, la paix ne peut plus être protégée par le secret. Elle ne peut l’être que par le droit, la coopération et une gouvernance digne de l’intelligence que nous avons créée.
Une civilisation ne se mesure pas à la puissance des armes qu’elle invente, mais à la sagesse avec laquelle elle renonce à les utiliser. Le véritable monopole du XXIᵉ siècle ne sera plus celui de la connaissance. Il sera celui de la responsabilité.
Réconcilier la Tunisie avec son territoire
Réconcilier la Tunisie avec son territoire
Par Jamel BENJEMIA
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