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La pensée embaumée, la super intelligence sacralisée
La pensée embaumée, la super intelligence sacralisée
Par Jamel BENJEMIA
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Il fut un temps où penser signifiait prendre le risque d’être seul. Aujourd’hui, penser, c’est coller aux normes, répéter les conclusions des autres, ajuster ses intuitions à la température moyenne d’un algorithme. Le mot lui-même a perdu de sa charge : il ne signifie plus ni angoisse ni courage. Il désigne, tout au plus, une posture. L’intelligence s’est fait discrète, presque invisible. Et dans ce silence, l’intelligence artificielle (IA) a trouvé un trône.
On ne débat plus, on prédit. On n’éclaire plus, on calcule. La logique a remplacé le jugement. La pensée humaine, lente, imparfaite, tâtonnante, n’a plus sa place dans ce monde de certitudes programmées. On l’a figée, momifiée. Elle trône dans les musées, tandis que le mouvement est passé ailleurs.
L’intelligence artificielle n’est pas une invention. C’est une croyance. Elle repose sur une liturgie froide : la data comme prophétie, le code comme sacrement.
Le comble ? Ils parlent en notre nom. L’algorithme prétend refléter notre monde. Mais quel monde ? Celui des puissants, des bavards, et des surreprésentés. Les dominés, les invisibles, et les hésitants n’ont plus voix au chapitre.
Ils avaient promis l’émancipation. Nous avons hérité d’une nouvelle Nomenklatura. Les ingénieurs dictent la norme. Les développeurs arbitrent la vérité. Les « systèmes » imposent leurs verdicts comme autrefois les oracles. Le pire ? Leur foi est d’autant plus dangereuse qu’elle se croit neutre.
Mais regardons bien : toute cette architecture repose sur un postulat inavoué, celui de la dépossession. Plus besoin de penser : on délègue. Plus besoin de comprendre : on clique. Un service parmi d’autres dans le grand marché de la conscience sous-traitée.
La grande anesthésie
Ce que l’on sacralise aujourd’hui, ce n’est pas l’intelligence. C’est sa version technique, épurée de tout trouble, désincarnée, parfaite. Une intelligence sans révolte, sans désordre, sans vertige. On ne veut plus de Montaigne, ni d’Héraclite. Trop lents, trop profonds, trop humains.
Ce que l’on veut, c’est de la réponse rapide, claire, efficace. L’intelligence comme solution nous expose, et nous rend vulnérables. Et c’est précisément cette part fragile qu’on nous demande aujourd’hui de supprimer.
Dans ce monde saturé d’informations, on confond l’accès avec la compréhension, la donnée avec la vérité. Et l’on se laisse glisser dans une torpeur numérique où l’on ne pense plus : on valide.
L’IA n’est pas notre ennemie. Elle est notre anesthésiste. Elle endort notre inquiétude. Elle rend la complexité inutile. Et, sous prétexte de nous rendre plus performants, elle nous rend imperméables à tout ce qui ne se mesure pas.
L’oubli de l’histoire
Une civilisation meurt quand elle oublie son passé. Les bibliothèques sont devenues des bases de données. Les textes, des corpus d’entraînement. Les génies du passé servent désormais à entraîner les modèles, non à éveiller les esprits.
On croit faire dialoguer Platon avec Shakespeare. En vérité, on les désincarne. On les réduit à des occurrences. On les extrait de leur époque, de leur lutte, de leur corps même. Ce que l’on nomme « patrimoine intellectuel » devient un gisement statistique.
Je me souviens d’une émission, « Droit de réponse », animée par Michel Polac. Une reconstitution d’un réalisme saisissant de l’atmosphère du Café de Flore, où la crème tiède de l’intelligentsia parisienne bobo, vestige décaféiné de la gauche caviar et de la droite cassoulet, devisait doctement, entre deux gorgées de chardonnay bio, sur « l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites », comme si le sérieux de la posture suffisait à racheter la futilité du propos. L’animateur s’est mis à commenter une œuvre d’un lauréat du Nobel. Il a cité un passage traduit approximativement en français. En oubliant que le souffle poétique, comme le vin, ne voyage pas toujours bien. La beauté d’un texte se loge dans sa langue natale. Ce soir-là, j’ai compris la chance de pouvoir lire Al-Mutanabbi ou Aboû Nawâs dans une langue arabe classique châtiée, où le sens épouse le rythme, où chaque mot convoque une mémoire millénaire. Rien, jamais, ne remplacera cela.
Penser malgré tout
Il faudra réapprendre à penser contre la facilité, contre la vitesse, contre l’illusion du savoir immédiat. Penser lentement, humblement, douloureusement peut-être, mais penser encore. Refuser la dictature de l’évidence, réhabiliter le trouble, accueillir le silence.
La pensée n’est pas morte. Elle est seulement embaumée. Il nous appartient de briser le verre, de rouvrir le sarcophage, de laisser revenir la voix. Une voix tremblante, parfois, mais vivante. Car aucune machine, aussi brillante soit-elle, ne remplacera jamais ce qui bat au fond d’un être qui doute et qui espère.
Il m’arrive de penser à ce que signifie une signature humaine. Elle ne se limite pas au style. Elle est faite de strates, d’héritages, de gestes transmis dans le secret. Elle porte le poids d’un nom. Si tant de garçons de ma génération portent le prénom Jamel, ce n’est pas un hasard. C’est une résonance. Celle de Nasser. Un président, certes. Mais surtout une voix. Un tribun dont le souffle levait les foules. Un homme qui savait que le verbe pouvait renverser l’histoire, pas seulement l’analyser. Rien dans une base de données ne garde la vibration d’un discours de Nasser au Caire, la ferveur qui remontait des foules. Cette part-là du monde, ni l’algorithme ni la statistique ne sauront jamais la traduire.
Gaza, le seuil de l’ignominie
Il aura suffi de vingt-quatre heures pour que la parole présidentielle américaine vacille, se contredise, se fissure sous le poids de l’évidence. D’abord, le président Trump, dans un déni glacial, balayait l’idée même de famine à Gaza, comme on efface d’un revers de manche une vérité trop crue. Mais le lendemain, face à l’inexorable accumulation des faits, il s’est résolu à murmurer ce que le monde entier voit : La faim, vorace et silencieuse, creuse les ventres et sculpte les corps en spectres d’enfants, os sur peau, regard éteint. Les mères, aux bras devenus sépulcres, ne bercent plus que l’absence. Et les vivres, promesses lointaines, se perdent dans l’étouffement des frontières, comme des secours qu'on retient exprès pour faire plier les âmes. Ce revirement présidentiel, si tardif, n’avait rien d’un sursaut de lucidité : il fut une capitulation sans gloire face à l’évidence, une reddition lente, contrainte, devant l’humanité qui saigne à ciel ouvert.
Et comme un écho à ce basculement tardif, deux ONG israéliennes, B’Tselem et Physicians for Human Rights, ont levé le voile sur l’indicible. « Il faut appeler un génocide par son nom », clament-elles, brisant le mur du silence, dans une déclaration aussi lucide que bouleversante, reprise dans le journal Le Monde du mardi 29 juillet 2025. Car il y a des mots qu'on étouffe trop longtemps, et qui finissent par éclater avec la force des larmes retenues. Gaza, martyre silencieuse, n’est plus seulement un théâtre de guerre : elle devient le miroir effroyable d’une humanité qui s’égare.
Le dernier rempart
Si la conscience humaine vacille, si elle abdique, si elle se tait… alors tout devient normal. Même la famine. Même les charniers. Même Gaza.
Ce n’est pas l’intelligence qui juge. Elle calcule. Elle exécute. Elle trie. Et ce qu’elle ne peut ni mesurer ni simuler, elle l’écarte, sans frisson, sans remords. La pensée, elle, vacille mais elle vibre. Elle tremble, mais elle résiste. Elle fait honte, parfois. Elle gêne. Mais elle est le dernier rempart contre l’indifférence glacée des machines.
Dans cette nuit algorithmique où tout devient donnée, il nous reste ce baromètre fragile : notre humanité. Elle n’indique pas le vrai, ni le rentable, ni le probable. Elle indique le juste. Elle perçoit l’horreur quand l’écran reste muet. Elle pleure quand les chiffres restent secs.
Et c’est peut-être là le plus grand danger : qu’un jour, des enfants meurent de faim, et que cela ne choque plus personne, parce que cela aura été prévu, validé, digéré par une logique qui ne connaît ni la honte ni l’effroi.
Il faut penser encore. Penser pour ne pas s’habituer. Penser pour ne pas trahir. Car sans la pensée vivante, ce qui reste n’est qu’un simulacre : un monde parfaitement organisé où les crimes sont neutres, et les larmes devenues optionnelles.
L’âge horizontal : La fin des hauteurs, le règne des algorithmes
L’âge horizontal :
La fin des hauteurs,
le règne des algorithmes
Par
Jamel
BENJEMIA
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Il est des époques qui s’éteignent sans fracas, comme une étoile vacillante à des années-lumière de notre conscience. Nul clairon, nul tumulte. Seul un souffle. À peine un frémissement dans l’air. Là où naguère les regards s’élevaient vers les tours de verre, les yeux désormais se courbent vers l’éclat froid d’un écran. Le monde n’a pas basculé, il s’est lentement aplati.
L’ère industrielle, verticale, conquérante, tire sa révérence dans le clair-obscur d’un présent sans sommet. Ce n’est ni une mutation ni un progrès. C’est une transformation. Une chute sans drame, une métamorphose douce, comme si l’histoire, lasse d’elle-même, s’était allongée pour mieux observer sa propre dérive. Voici venu le temps horizontal. Il ne s’annonce pas, il s’installe. Sans décret, sans fronde. Il est là, sous nos pieds. Et déjà dans nos veines.
L’effacement des cimes
Hier encore, gravir était un verbe cardinal. L’homme montait : dans les hiérarchies, dans les tours, dans les trains vers la capitale. Monter, c’était mériter. Le monde se construisait en strates, et chaque étage promettait plus de lumière. Les cheminées d’usine lançaient leur fumée comme des prières vers les cieux. L’urbanisme se faisait vertical, tendu vers le haut comme un poing d’orgueil.
Mais la terre, patiente et discrète, a fini par reprendre ses droits. Elle n’a pas rugi. Elle a absorbé. Elle a nivelé. Aplanissant les écarts, effaçant les hauteurs. Le télétravail, d’un simple clic, a dématérialisé la notion même de présence. Le bureau, naguère temple de la productivité, n’est plus qu’un mot fatigué, flottant dans la mémoire des cadres déchus.
Le pouvoir ne réside plus au sommet, il circule. Il ne domine plus, il infuse. D’un mail à l’autre, d’un flux à l’autre. Il ne gravite plus autour d’une place forte : il s’infiltre, il pulse. La verticalité s’est effondrée sans bruit. Et l’homme, qui jadis voulait s’élever, se contente désormais de se connecter. L’échelle n’a pas été arrachée. Elle a disparu.
Le grand aplatissement
La ville n’explose plus : elle se répand. Elle glisse, comme une encre trop fluide sur le buvard du territoire. Le centre a perdu son magnétisme. La périphérie a cessé d’être un exil. Tout est devenu point d’accès. Le foyer n’est plus un abri, c’est un nœud de connexions. Le bureau s’invite au salon. L’intimité se confesse à distance. Même l’amour se fragmente, se calcule, se trie. Il n’éblouit plus, il s’optimise.
L’enseignement, décomposé en pixels. La santé, consultable en ligne. La présence, remplacée par la réactivité. Le monde n’avance plus vers un objectif : il s’étire, il s’étale, il se dilue. La vitesse a supplanté le sens. La fluidité est devenue vertu. On ne franchit plus d’étapes, on glisse sur des interfaces.
Dans cette horizontalité généralisée, tout semble possible, mais plus rien ne s’impose. Les liens sont partout, mais faiblement noués. Les échanges sont constants, mais volatils. Le réel s’est fait mouvant, presque liquide. Il ne s’imprime plus dans la chair, il file sur les fibres. Le monde s’est déployé, certes, mais s’est vidé de son poids. Nous ne marchons plus, nous flottons.
Le règne des invisibles
La forge moderne ne gronde plus. Elle calcule. Les pistons se sont tus, remplacés par des lignes de code. L’algorithme a pris la relève, discret comme une ombre, inlassable comme une mer sans marée. Il ne gouverne pas. Il suggère. Il ne décide pas. Il propose. Et l’homme, las de choisir, s’en remet à ses prédictions comme à un oracle numérique.
Il trie, il apprend, il devine. Il s’immisce dans nos gestes, nos mots, nos silences. Il devance nos désirs, il réinvente notre spontanéité. Il n’a pas de visage, mais il habite nos écrans. Il ne parle pas, mais il nous murmure l’itinéraire le plus rapide, la musique qui nous émeut, l’objet que nous n’avons pas encore cherché. À force d’effacer l’incertitude, il efface l’homme. Car vouloir, c’est hésiter. Et l’hésitation, c’est la respiration de la liberté.
Peu à peu, nous renonçons à ce qui faisait notre sel : douter, comparer, s’étonner. Nous glissons vers le confort d’une suggestion constante. L’homme n’interroge plus le monde : il se laisse conduire par ses prédictions. L’invisible gouverne. Et le visible, désormais, s’incline.
Le souffle de la terre
Et pendant que nos doigts pianotent, la terre gémit. Elle ne s’effondre pas. Elle expire. Lentement. Depuis des décennies, elle endure nos architectures, nos routes, nos démesures. Elle a offert ses entrailles pour alimenter nos fièvres de croissance : charbon, pétrole, minerais. Pour que nous montions. Pour que nous fondions. Pour que nous possédions.
Aujourd’hui encore, elle donne. Mais c’est à une autre folie qu’elle se plie : celle du numérique. Moins visible, mais non moins vorace. Les serveurs consomment, les câbles chauffent, les métaux rares s’épuisent. Le progrès a changé de forme, non de nature. Il ne fume plus, il brûle. Il ne martèle plus, il aspire. La blessure est silencieuse. Mais profonde.
La planète ne crie plus, elle suffoque, telle un asthmatique au regard perdu, cherchant sa Ventoline. L’ozone, jadis bouclier, se déchire. Et nous, connectés, laissons faire, tout en nous rassurant à coup de bilans carbone.
Le labyrinthe doux
Il fut un temps où le monde s’offrait dans la rudesse. Où franchir une porte exigeait d’oser. Où les couloirs étaient peuplés de regards, de frottements, d’imprévus. Le réel nous confrontait. Il n’était pas aimable. Mais il était dense.
Aujourd’hui, le couloir est digital. L’entrée est silencieuse. Un clic remplace la poignée. Un emoji, le sourire. On ne s’annonce plus, on surgit. Et pourtant, on ne dérange jamais. L’interface a tout lissé. Plus de rugosité. Plus d’effort. Nous vivons dans un labyrinthe sans mur, un cocon algorithmique qui ne refuse rien, qui nous accepte dans toutes nos contradictions. Il nous enlace. Il nous dissout.
Le lit devient bureau, l’amitié devient statistique, la solitude un flux d’apparences. Le divertissement s’invite au chevet. Les jours perdent leur grain. Les heures, leur texture. Nous sommes là, partout. Et nulle part. Hyperconnectés, sous-inhabités.
Ce que nous avons gagné en disponibilité, nous l’avons perdu en présence. Le monde est à portée de doigt, mais nous ne le saisissons plus. Nous le survolons.
Le temps des traversées
Nous avons quitté l’âge des colonnes, celui des ordres enracinés, des hiérarchies solides, des repères gravés dans la pierre. Le monde ne s’érige plus. Il s’étend. Il ne gravite plus. Il ondoie. Le pouvoir ne tonne plus. Il susurre. L’intelligence ne s’impose plus. Elle s’infiltre, dans les lignes, dans les flux, dans les plis du langage.
Mais cette horizontalité, si elle libère, désoriente. Elle brouille le proche et le lointain. Elle confond l’essentiel et le contingent. Elle exige un autre art : celui de la traversée. Traverser les apparences, percer les algorithmes, discerner sous l’abondance le sens qui se cache. Dans cet océan sans rivage, il ne suffit plus de bâtir. Il faut lire les courants, suivre l’élan, redonner à l’esprit sa boussole.
L’horizontalité ne sera pas une plage douce. Ce sera une mer imprévisible. Ceux qui sauront y lire les signes, ceux-là seuls éviteront le naufrage.
Les autres, croyant naviguer, seront emportés.
Culture et tourisme : Bâtir l’avenir avec la lumière du passé.
Culture et tourisme :
Bâtir l’avenir avec la lumière du passé.
Par
Jamel
BENJEMIA
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Il est des terres où chaque pierre parle, où chaque souffle de vent tourne les pages d’un livre infini. La Tunisie est de ces terres-là. Entre mer et désert, entre oliviers torsadés et mosaïques éclatées, elle marche avec ses légendes et rêve avec ses ruines. Mais dans la mécanique sèche de l’État, les deux forces les plus vives de son identité : la culture et le tourisme, se croisent sans se voir, comme deux voyageurs dans la brume.
Or, sans capacité à se projeter, même les plus beaux rêves s’évaporent. Il est temps de les unir. D’un côté, la culture, sanctuaire de l’âme, trop souvent reléguée aux marges. De l’autre, le tourisme, promesse économique, trop souvent vendu sans mémoire, en forfaits uniformes pour « bronzer idiot ». Il est temps de les faire dialoguer, comme deux rivières cherchant un delta commun.
Car la culture n’est pas une nostalgie : elle est braise, tremplin, colonne vertébrale. Et le tourisme n’est pas une échappée : il est récit, miroir, catalyseur d’estime. Ensemble, ils peuvent élever une nation. Séparés, ils s’étiolent. Les réunir dans un grand ministère, ce ne serait pas une réforme. Ce serait une renaissance.
Carthage, toujours renaissante
Là-bas, la mer s’étire comme un drap bleu au pied des ruines. Entre colonnes penchées et mosaïques muettes, l’ombre d’Élyssa et les pas d’Hannibal vibrent encore. Carthage n’est pas un site. C’est une pulsation antique. Et pourtant, combien passent sans l’entendre ?
Carthage devrait être un phare. Mais un phare ne brille que si des mains en ravivent la flamme. Et si archéologues, artistes, technologues et conteurs œuvraient ensemble ? Carthage redeviendrait un cœur battant, non un vestige endormi, mais un théâtre d’idées.
Kairouan, l’étoile intérieure
Au centre du pays, là où le makroudh fond dans le miel comme une prière dans la méditation, Kairouan veille. Entre minarets et médersas, tapis tissés à l’ombre du sacré et ruelles murmurantes, elle respire.
Mais où sont les sons du présent ? Où sont les ponts entre l’élévation spirituelle et la création contemporaine ? Le tourisme spirituel ne peut se réduire à un cliché figé devant une mosquée. Il est quête, éveil, lumière intérieure.
Kairouan devrait être le cœur incandescent d’une politique nationale d’élévation. Un pôle où le sacré inspire le présent.
Aujourd’hui, tout est morcelé. Un grand ministère saurait accorder les voix, tisser la foi avec l’art, transformer la ville en étoile-guide. En capitale d’âme.
Le Bardo, mille mondes en silence
Le Bardo ne montre pas des pierres, il raconte des civilisations. Chaque mosaïque est un fragment d’univers, chaque salle un écho d’empire. Des dieux en fête, des pêcheurs en prière, des scènes suspendues dans l’éclat du calcaire. Mais ce palais d’ombres et de lumière sommeille, privé de la voix qu’il mérite.
Le Bardo mérite mieux. Il pourrait devenir le Louvre méditerranéen de la mosaïque, un Palmarium d’histoires, une agora visuelle où les récits se tissent à l’infini. Avec l’une des plus vastes collections de mosaïques au monde, principalement romaines, le Bardo devrait être un temple du savoir, un sanctuaire de transmission sensible, un lieu où les enfants viendraient non pour réciter, mais pour vibrer. Où leurs regards s’émerveilleraient devant le triomphe éclatant de Neptune, dieu des flots et des conquêtes, et devant la scène poignante de Virgile, penché sur ses vers, entouré des muses Cléo et Melpomène, comme d’un souffle antique. Là, l’art ne serait plus une relique, mais une présence vivante, une voix d’éternité.
Cela exige un schéma directeur où musée et tourisme ne se concurrencent pas mais se fécondent. Où l’on transforme la contemplation en inspiration.
Sidi Bou Saïd, entre ciel et mer
Bleu sur blanc. Lumière sur silence. Sidi Bou Saïd n’est pas un village : c’est un voyage. Une strophe de pierre entre ciel et mer. Chaque ruelle y est un couplet. Chaque fenêtre un battement de paupières. Chaque café, une halte dans un poème suspendu.
Mais que fait-on de cette beauté ? Doit-elle rester simple carte postale ? Pourquoi ne pas en faire un campus du beau, une école méditerranéenne de création, un atelier d’invention enraciné ? Là où la musique croiserait la céramique, où l’architecture interagirait avec les pixels, où les ruelles deviendraient laboratoires de demain.
Il ne s’agit pas d’y empiler les touristes comme dans une vitrine. Il s’agit d’y cultiver un lien subtil entre patrimoine et audace. Ce rêve appelle une perspective cousue d’émotion et d’horizon. Il réclame un ministère qui sache penser avec le cœur.
Un ministère pour incarner une vision
Ce ministère ne serait pas une énième fusion administrative. Il serait une alchimie, une urgence poétique, un cœur battant stratégique.
Il ne juxtaposerait pas des services : il tisserait un récit. Il n’archiverait pas la mémoire : il l’activerait, la transformerait en énergie créative. Il ferait parler les pierres, danser les gestes, résonner les voix oubliées.
Il ne serait pas conservatoire du souvenir, mais moteur d’élan. Une passerelle entre hier et demain. Là où le touriste devient témoin émerveillé, et l’habitant, gardien inspiré de son territoire.
Imaginez : les festivals conversant avec les médinas, les artistes avec les urbanistes, les paysages avec les plateformes numériques. Le patrimoine ne serait plus une vitrine, mais un organisme vivant.
Oser la beauté
Ce ministère porterait une conviction simple et puissante : la culture n’est pas un luxe, mais une économie vitale du sens et de la beauté du lien. Il soutiendrait l’artisan comme le designer, la brodeuse comme la vidéaste, le conteur comme le scénariste. Il irriguerait chaque territoire d’un souffle neuf.
Il offrirait aux jeunes une raison de rester. Non par contrainte, mais par désir ardent de créer, d’imaginer. Il rendrait aux régions leur fierté, leur vibration unique.
Ce ministère ne dirigerait pas, il révélerait. Il ne gérerait pas, il inspirerait.
Il ne vendrait pas un pays : il inviterait à l’habiter. À humer le jasmin du soir, la fleur d’oranger de Nabeul, à goûter un couscous au poisson, à écouter le clapotis d’un port ou la plainte d’un oud dans un patio.
Et peut-être, alors, la Tunisie se reconnaîtrait.
Elle se regarderait dans le miroir… et s’aimerait.
Un serment lancé au monde
L’avenir appartient à ceux qui savent enchanter le réel. Et la Tunisie a tant à dire. Elle a les mots des poètes, les lieux des dieux, les visages du courage. Elle a le passé pour socle, la mer pour horizon, le souffle pour s’élancer.
Ce qui lui manque, c’est une maison commune. Un espace où le rêve et la stratégie s’unissent. Où la beauté devient levier. Où la culture épouse la croissance.
Il faut oser cette union. Il faut bâtir ce ministère.
Non pas comme un rouage de plus, mais comme un phare dressé entre la mémoire du sol et l’élan des idées.
Un serment lancé au monde, une promesse faite aux enfants de demain :
que la Tunisie saura, enfin, conjuguer son génie au futur.
Et si nous cessions de rêver à voix basse ?
Et si, ensemble, nous transformions cette vision en réalité ?
Et si la Tunisie cessait d’être un simple décor…
pour devenir, enfin, la scène vivante d’une civilisation en mouvement ?
Qu’on ne la prenne pas pour une coquecigrue, cette alliance de la culture et du tourisme : elle n’est ni lubie passagère ni mirage de plume, mais une sève profonde, une idée longue, un projet d’avenir sculpté dans l’épaisseur du réel et tendu vers la lumière.
Le paradoxe américain ou les recettes de Monsieur Purgon.
Le paradoxe américain ou les recettes de Monsieur Purgon.
Par
Jamel
BENJEMIA
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Il est des nations, comme des hommes, qui préfèrent les fables aux diagnostics, les fictions aux vérités. L’Amérique contemporaine, fière et vaine comme un personnage de Molière, se contemple dans le miroir déformant de ses propres illusions, parée des oripeaux du succès, alors même que son cœur économique bat à contretemps, dans une cadence déréglée. « The One Big Beautiful Bill Act » (« L’OBBB Act »), ultime scène grandiloquente d’un théâtre politique enfiévré, n’est pas une réforme : c’est une révérence, un simulacre d’ordre budgétaire.
Trump, qui revient tel Harpagon en campagne, ressuscite ses lubies fiscales dans un geste pavé de contradictions et de complaisances. Le 1er juillet 2025, le Sénat américain a adopté ce projet de loi monumental sous les airs d’une victoire solennelle. Deux jours plus tard, la Chambre des représentants a confirmé cette décision, avant que Donald Trump ne promulgue officiellement la loi le 4 juillet, jour symbolique de la fête nationale américaine. Mais derrière le rideau rouge et les feux de la rampe, c’est une pièce bien plus tragique qui se joue : celle d’un pays qui, à force de refuser la mesure, défie les lois de l’équilibre budgétaire comme on défierait les lois de la gravité, avec l’inconscience d’un enfant qui marche sur un fil sans filet.
Une ordonnance sans diagnostic
Car tout ici n’est que posture et imposture. « L’OBBB Act », malgré ses prétentions, n’est qu’un prolongement recyclé des baisses d’impôts du premier mandat Trump. Certains y voient une stratégie de croissance, mais il n’est au fond qu’un expédient, un leurre aux effets pervers, un geste politique qui, tout comme les prescriptions de Monsieur Purgon, soigne l’apparence du mal en l’exacerbant, insidieusement, dans le silence des organes. En d’autres termes, les baisses fiscales amplifient les déséquilibres qu’elles prétendent corriger.
Le déficit budgétaire atteint déjà 6,7 % du PIB, un chiffre effarant dans un cycle économique qui n’est pas encore franchement récessif. Et pourtant, loin de tenter un ajustement courageux, l'Amérique creuse le sillon d’une dette publique qui franchira bientôt, sans sursaut ni honte, les 106 % du PIB, seuil déjà atteint jadis, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le pauvre paie, le riche encaisse
Mais que l’on ne s’y trompe pas : le mal n’est pas uniquement arithmétique, il est moral et structurel. En réduisant la fiscalité des plus âgés, en restreignant « Medicaid » tout en octroyant des cadeaux fiscaux éphémères aux salariés sous forme d’exemptions anecdotiques, c’est tout un modèle social qui est dépecé au nom d’une logique de court terme.
Ce sont 12 millions de personnes supplémentaires qui se retrouvent sans assurance, si l’on cumule celles exclues de « Medicaid » et celles affectées par les modifications apportées à « l’Affordable Care Act ».
Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle trombe protectionniste, à la sauce Trump, s’annonce pour le 1er août 2025: une avalanche de droits de douane sur les importations, portée par un mercantilisme économique en quête de coup d’éclat. Ce ne sont plus seulement des taxes, ce sont des oriflammes de guerre commerciale, brandies comme des étendards électoraux.
Comme dans les comédies de Molière, où l’hypocrisie sociale se drape de vertus cardinales, « l’OBBB Act » feint la discipline alors qu’il organise la gabegie. C’est Tartuffe vêtu du drapeau étoilé, invoquant l’équilibre tout en priant les idoles de la dépense électorale.
Les républicains, sous couvert de réalisme fiscal, serrent la ceinture aux pauvres et délacent celle des nantis. L’économie propre est congédiée, les classes populaires sommées de justifier leur indigence par des heures de travail administrativement tortueuses, tandis que les grandes fortunes fossiles entrent en scène, saluées comme des sauveurs.
L’art de tourner le dos à demain
Et l’on s’étonne, peut-être, de cette vision à si courte vue. Mais c’est qu’il faut comprendre l’Amérique contemporaine comme un malade qui nie ses symptômes, un Diafoirus d’opérette, prescripteur bouffi de saignées et de lavements à un corps social déjà exsangue. La croissance à venir est invoquée comme un deus ex machina. On en attend des miracles fiscaux, une manne céleste qui comblerait les déficits sans réforme, une bénédiction keynésienne sans discipline ni sacrifice.
Ce mirage de croissance est d’autant plus fallacieux qu’il est brandi par ceux-là mêmes qui, hier, méprisaient l’État-providence. Désormais, ce sont les marchés qui doivent sauver l’Amérique, la bourse qui doit soutenir la dette, la consommation, en guise d’anxiolytique collectif, maintenant l’illusion d’une prospérité sous perfusion. Mais à mesure que l’inflation gronde et que les taux d’intérêt s’élèvent, c’est tout le château de cartes qui menace de s’effondrer.
L’Amérique, telle que l’exprime cette loi, souffre d’un vice plus profond : elle a perdu le sens du futur. Elle agit en somnambule, piétinant les lignes rouges de la soutenabilité sans même en prendre conscience. Son programme économique est une suite de gadgets fiscaux, où le crédit d’impôt pour les pourboires côtoie l’abandon de toute stratégie sérieuse de décarbonation. L’épopée technologique, l’intelligence artificielle, ces data centers gloutons en énergie… Tout cela exige une vision énergétique neuve, robuste, inventive. Et pourtant, l’administration américaine mise sur le charbon, le gaz de schiste, le passé comme avenir.
Ce n’est plus l’audace, mais la simplification du monde à coup de slogans, l’effacement de la complexité dans le confort de l’évidence… Voilà ce que produit l’esprit populiste lorsqu’il s’installe dans la durée.
L’austérité en différé
On se souvient des avertissements des grandes banques, des économistes, et des analystes : si les États-Unis poursuivent cette voie pendant dix ans, ils devront ensuite réduire leurs dépenses ou augmenter leurs impôts de 5,5 % du PIB, chaque année. C’est l’austérité grecque mais surdimensionnée, un traitement de choc pour un colosse aux pieds d’argile, qui se croit Hercule mais vacille déjà comme Argan, l’hypocondriaque de légende.
Et comme souvent chez Molière, le théâtre politique devient tragique quand il refuse la vérité. L’Amérique aujourd’hui est ce « Malade Imaginaire » qui convoque des experts à sa cheville pour mieux ignorer la gangrène dans son torse. Les comités parlementaires, les commissions sénatoriales, les économistes de cour, tous répètent les mêmes diagnostics, mais aucun ne parvient à réveiller la bête de son sommeil fiscal.
Et dans les coulisses, les véritables maîtres du jeu attendent. Les marchés obligataires, la finance mondiale, les agences de notation : voilà les spectateurs de demain, ceux dont l’indulgence, déjà, s’effrite. Car si la croissance promise ne vient pas, si les taux s’élèvent encore, si le dollar poursuit sa dépréciation, alors, la pièce tournera au drame. Le rêve fiscal deviendra cauchemar souverain. La dette, aujourd’hui invisible, se matérialisera en contraintes brutales.
Et l’Amérique, comme dans la dernière scène d’un Molière crépusculaire, découvrira que l’illusion ne peut éternellement tenir lieu de politique.
Puissance ou pantomime ?
Il n’est donc pas trop tôt pour relire nos classiques. Car enfin, quelle est cette puissance qui prétend incarner le progrès, tout en refusant les efforts nécessaires à sa pérennité ? Quelle est cette démocratie qui agite la bannière de la liberté tout en se liant aux logiques les plus archaïques de la rente fossile ? L’Amérique trumpiste, avec ses promesses d’aisance sans responsabilité, de gloire sans gravité, ressemble à s’y méprendre à un personnage de Molière : vaniteux, dispendieux, et farouchement attaché à son ignorance.
Et pourtant, c’est peut-être dans la fiction qu’il faut puiser la solution. Non pour s’en évader, mais pour y réfléchir. Car, comme le suggère Cléante dans Tartuffe, l’aveuglement volontaire est le plus grand des travers, ou, selon une sagesse arabe tout aussi acérée, « le dromadaire ne voit pas sa bosse ». C’est bien là le paradoxe américain : un empire lucide sur le monde, mais aveugle sur lui-même.
À force de jouer à la comédie, il se pourrait bien que l’Amérique, un jour, tombe le masque, et ne découvre dans le miroir que le vide laissé par ses propres fables.
The American Paradox or Monsieur Purgon’s Presprictions
The American Paradox or Monsieur Purgon’s Presprictions.
By
Jamel
BENJEMIA
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There are nations, as there are men, who prefer fables to diagnoses, fiction to truth. Contemporary America, proud and vain like a character from Molière, gazes into the distorted mirror of its own illusions, adorned with the tawdry regalia of success, even as its economic heart beats out of rhythm, to a broken cadence. « The One Big Beautiful Bill Act »— the OBBB Act — is not a reform, but a curtsy, a theatrical gesture dressed up as fiscal order. The latest grandiloquent scene in a feverish political theatre.
Trump, returning like Harpagon on the campaign trail, resurrects his tax obsessions in a gesture paved with contradictions and indulgence. On July 1st, 2025, the U.S. Senate passed this monumental piece of legislation under the solemn airs of a victorious fanfare. Two days later, the House of Representatives confirmed the decision, and Donald Trump signed the bill into law on July 4th — a day heavy with symbolism in the American calendar. Yet behind the red curtain and beneath the stage lights, a far graver play is being performed: the tragedy of a nation which, having renounced moderation, defies the laws of fiscal gravity with the heedlessness of a child walking a tightrope with no safety net.
A Prescription Without Diagnosis
Everything here is posture and imposture. Despite its lofty pretensions, the OBBB Act is little more than a repackaged sequel to the tax cuts of Trump’s first term. Some see in it a strategy for growth, but in truth it is an expedient, a political sleight of hand whose perverse effects are as insidious as Monsieur Purgon’s prescriptions — soothing the symptoms while worsening the disease in the silence of the organs. In other words, the very tax reductions meant to cure the imbalance merely deepen it.
The budget deficit already stands at a staggering 6.7% of GDP — an alarming figure for an economy not yet fully in recession. And still, rather than pursue the difficult path of adjustment, America deepens the furrow of a public debt that will soon, without shame or alarm, surpass 106% of GDP — a threshold reached only during the Second World War.
The Poor Pay, the Rich Collect
Let us not be deceived: the illness is not merely arithmetic — it is moral and structural. By reducing the tax burden on the elderly, gutting Medicaid, and offering fleeting tax « bouses » to workers in the form of trivial exemptions, a whole social model is being dismembered in the name of short-termism.
Twelve million Americans stand to lose health coverage, when combining those excluded from Medicaid with those affected by modifications to the Affordable Care Act. And as if this weren’t enough, a new protectionist deluge looms on the horizon. Starting August 1st, 2025, a fresh avalanche of tariffs will descend on imports — a mercantilist flourish in search of spectacle. These are no longer mere taxes, but commercial war banners, brandished as electoral totems.
As in Molière’s comedies, where social hypocrisy dresses itself in cardinal virtues, the OBBB Act simulates discipline while institutionalizing waste. It is Tartuffe cloaked in the Stars and Stripes, invoking fiscal balance while worshipping the idols of electoral largesse. Under the guise of budgetary realism, Republicans tighten the belt on the poor while loosening it for the rich. Clean energy is dismissed, the working class subjected to bureaucratic gymnastics to prove their poverty, and fossil wealth steps forth as a savior, greeted with applause.
The Art of Turning One’s Back on the Future
One might wonder at such short-sightedness. But one must understand contemporary America as a patient in denial — a comic-opera Diafoirus prescribing bleedings and enemas to a body already drained. Future growth is summoned like a deus ex machina. Miracles are expected: a fiscal manna that will erase deficits without reform, a Keynesian blessing without discipline or sacrifice.
This growth mirage is all the more deceitful because it is held aloft by the very people who yesterday scorned the welfare state. Today, it is the markets that must save America, the stock exchange that must sustain the debt, consumption that must serve as collective anaesthetic — keeping alive the illusion of prosperity under artificial respiration. But as inflation rumbles and interest rates rise, the entire house of cards trembles.
America, as embodied in this law, suffers from a deeper vice: it has lost its sense of the future. It acts like a sleepwalker, trampling the red lines of sustainability without even realising it. Its economic program is a succession of fiscal gadgets — from tip tax credits to the wholesale abandonment of any serious decarbonisation strategy. Technological ambition, artificial intelligence, those voracious data centers — all cry out for a new, robust, inventive energy vision. And yet, the American administration doubles down on coal, fracked gas, the past as prologue.
This is no longer boldness, but the reduction of complexity to slogans. The populist mind, when allowed to govern for too long, simplifies the world until it disappears.
Deferred Austerity
Economists, bankers, analysts have issued their warnings: if the U.S. continues on this path for a decade, it will have to either cut spending or raise taxes by 5.5% of GDP annually. This is Greek-style austerity on a gargantuan scale — a shock therapy for a colossus with feet of clay, one who believes himself Hercules but already sways like Argan, the legendary hypochondriac.
As so often in Molière, tragedy creeps in when the theatre refuses truth. America today is that Imaginary Invalid who summons experts to examine his ankle, while gangrene spreads in his chest. The parliamentary committees, the Senate commissions, the court economists — all repeat the same diagnoses. None can wake the beast from its fiscal slumber.
Behind the scenes, the real audience waits: bond markets, global finance, credit rating agencies. These are tomorrow’s spectators, and already their indulgence is wearing thin. If the promised growth fails to materialise, if interest rates climb further, if the dollar continues to falter, then the play will turn to tragedy. The fiscal dream will become a sovereign nightmare. The debt, now ethereal, will become ironclad.
And America — like in the final act of a twilight Molière — will learn that illusion cannot forever stand in for policy.
Power or pantomime ?
It is not too soon to revisit the classics. For what is this power that claims to embody progress, while rejecting the efforts required to sustain it? What is this democracy that waves the banner of liberty while tying itself to the most archaic logic of fossil rent? Trumpist America, with its promises of comfort without responsibility, of greatness without gravity, is uncannily close to a character from Molière: vain, spendthrift, and fiercely attached to its ignorance.
And yet, perhaps fiction holds the cure — not to escape it, but to reflect through it. As Cléante reminds us in Tartuffe, wilful blindness is the gravest of faults. Or, as an Arab proverb puts it, « the camel sees not its own hump. » Such is the American paradox: an empire lucid about the world, yet blind to itself.
In playing comedy too long, America may one day remove the mask — and find, in the mirror, only the hollow echo of its own fables.
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