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Rapprochement sino-indien : Le dragon murmure à l’oreille de l’éléphant
Rapprochement sino-indien :
Le dragon murmure à l’oreille de l’éléphant
Par Jamel BENJEMIA
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Il était une fois, aux temps de la magie et de la puissance, un marchand d’orages qui s’imaginait pouvoir enfermer la foudre dans une bouteille. Son nom : Donald Trump. Son art : dresser des murs tarifaires tandis que d’autres n’érigeaient que des mirages vétilles. Cet homme, à la crinière jaune, se rêvait maître de l’économie planétaire, persuadé qu’il suffisait de la gouverner comme on dirige une partie de golf, entre coups de « swings » incertains et cris de victoire prématurés.
Mais les rouages du monde refusaient d’obéir. Voulant punir l’Inde pour ses achats de pétrole russe, il l’accabla de droits de douane si lourds que, loin de s’effondrer, la prétendue victime se tourna vers un vieil adversaire : la Chine. Le dragon et l’éléphant, qui depuis des siècles s’épiaient à travers les brumes himalayennes, furent contraints de marcher côte à côte, non par amour mais par nécessité, non par fraternité mais par lassitude devant le gourdin yankee.
Ainsi débuta l’histoire d’un président qui crut pouvoir dompter le monde comme un éclair captif, mais qui n’aboutit qu’à rapprocher deux bêtes mythiques : le dragon et l’éléphant.
Les murailles des chiffres
Trump regardait les chiffres comme on regarde des boulets de canon. Il croyait, ou feignait de croire, que de simples pourcentages pouvaient réduire en poussière des empires commerciaux. Cinquante pour cent de tarifs douaniers : ce n’était pas une politique, c’était un coup de massue. Pourtant, les nombres, sournois et railleurs, finissent souvent par se retourner contre ceux qui les brandissent avec trop d’assurance. À New Delhi, Modi, offensé tel un prince conspué devant sa propre cour, estima qu’il valait mieux tendre la main à un voisin honni que subir le mépris d’un compagnon présomptueux. Pékin, qui n’attendait que ce moment, déploya ses ailes avec la lassitude d’un dragon fatigué de combattre seul.
Ainsi l’arithmétique brutale de Trump engendra, presque malgré elle, la géométrie vacillante d’une nouvelle alliance. Le dragon et l’éléphant, rivaux séculaires se mirent à parler de commerce, de visas, de pèlerinages vers le Tibet, d’investissements. Et Trump, enfermé dans ses convictions, se félicitait en silence, sans voir qu’il venait d’offrir à la Chine le pinceau pour dessiner une fresque de puissance partagée. Les murs qu’il édifiait se muaient en passerelles en Asie. Le paradoxe est éclatant : celui qui voulait isoler la Chine lui offrait Modi sur un plateau royal. Dans l’arène du pouvoir, les rancœurs les plus anciennes s’effacent parfois plus vite, trop vite peut-être, que la crainte d’être tourné en dérision. Modi, pour paraphraser Giscard, semble avoir jeté sa rancune dans le Gange.
Le dragon dompte l’éléphant
Xi Jinping, stratège de la patience, scrutait Modi, avec un mélange d’attention et de calcul. L’Inde, fière et inflexible, se souvenait de ses morts au Ladakh, de ses humiliations sur le champ de bataille, des kilomètres de terre grignotés par les troupes chinoises en 1962, après l’annexion du Tibet en 1951. Pourtant, elle se tourna vers l’adversaire qu’elle connaissait mieux que le soi-disant ami, outrecuidant et vaniteux. Pékin se présenta en protecteur, murmurant stabilité, coopération et prospérité partagées, autant de formules nappées de miel qui, sous un vernis courtois, dissimulaient mal des griefs anciens.
Mais lorsque l’intérêt dicte la valse, que vaut encore la sincérité ? Acculé par les tarifs américains, l’éléphant se laissa guider par la paume brûlante, presque griffue, du dragon. À Washington, Trump, retranché dans son bureau ovale, pressentait que l’Inde plierait, mais il n’avait pas imaginé qu’elle le ferait au profit de Pékin. Dans ce jeu de « poker menteur », il ne faisait que redistribuer les cartes.
Ainsi l’Inde, meurtrie mais lucide, transforma sa blessure en levier. Elle s’adossa au géant rouge, non par choix, mais par nécessité. Et dans l’ombre, Pékin souriait : quoi de plus savoureux qu’un rival qui vient frapper lui-même à votre porte ? Le dragon avait dompté l’éléphant, discrètement, presque avec une douceur suspecte.
Les faux complices
Trump se grisait de symboles, comme d’autres s’enivrent de slogans. Recevoir le chef d’état-major pakistanais à peine la poussière de la confrontation indo-pakistanaise retombée, c’était lancer à Modi un message cinglant : « Vous n’êtes pas indispensable. » L’affront, manifeste et retentissant, fut intolérable pour le nationaliste hindou. En jouant avec l’orgueil comme avec une allumette, Trump heurta la fierté d’un camarade en devenir. Washington croyait encore tenir la main de l’Inde, mais New Delhi s’écartait déjà, presque imperceptiblement.
Le dragon, lui, sut saisir l’instant. Pékin endossa le rôle du consolateur, offrant à l’éléphant ce que l’Amérique refusait obstinément : une once de respect. Nul n’imaginait que les frontières disputées allaient s’effacer, ni que les appétits territoriaux s’apaiseraient. Mais plus les tambours américains résonnaient, plus l’éléphant tendait l’oreille au chuchotement du dragon.
Ainsi vont les alliances : précaires et dictées par l’opportunité. Encerclée de pays déjà conquis par Pékin, l’Inde comprit qu’elle ne pouvait rester prisonnière d’un frère d’armes capricieux. Les États-Unis, persuadés d’assembler un axe contre la Chine, virent au contraire leur échiquier s’écrouler. L’ironie, une fois encore, était tranchante : en cherchant à humilier Modi, Trump fit de lui l’invité d’honneur de Xi Jinping. Les connivences feintes s’évaporent toujours plus vite que les inimitiés véritables.
Le commerce des illusions
Le commerce servit d’alibi, comme un refrain discret jouant en sourdine derrière ce rapprochement improbable. L’Inde, meurtrie par les tarifs américains, cherchait à toute hâte des débouchés, des capitaux, des promesses d’avenir. Chaque année, dix millions de jeunes gonflaient les rangs des chercheurs d’emploi, autant de bouches à nourrir, autant de destins à arrimer à l’économie mondiale. La Chine, flairant l’aubaine, y vit une manne : un marché à saturer, un continent à modeler, une influence à étendre. Les déficits, pourtant criants, furent balayés comme poussière, effacés par l’enchantement d’une coopération proclamée sans fin.
Les deux capitales connaissaient pourtant la vérité nue : elles restaient rivales autant que partenaires. Mais l’histoire, capricieuse, aime ses singularités. Pour se libérer du joug américain, l’éléphant choisit de se livrer lui-même au dragon. Pékin et New Delhi invoquaient à l’unisson le bien-être de l’humanité, masque translucide derrière lequel Modi négociait âprement sa survie politique et Xi son triomphe planétaire.
À Washington, Trump, juché sur son piédestal, se croyait toujours le punisseur. Son obsession tarifaire, qu’il confondait avec une stratégie, se transforma en récit ironique : celui d’un joueur qui, croyant disperser ses adversaires, les contraignit malgré lui à s’unir. Dans ce marché d’illusions, le véritable perdant n’était pas celui qu’il désignait du doigt.
La danse forcée
Ainsi le dragon et l’éléphant se mirent à danser, non par amour, mais par dépit partagé. La musique, orchestrée depuis Washington, résonnait comme une marche funèbre pour l’hégémonie vacillante. Trump, persuadé de mener le bal, n’avait en réalité déclenché qu’un spectacle imprévu. De ce pas de deux improbable naquit une nouvelle géographie : l’Asie redessinée au rythme des tarifs, tandis que l’Amérique, ivre de ses certitudes, applaudissait sans comprendre qu’elle signait elle-même la chorégraphie triomphale de ses rivaux.
L’homme de paix
Et que dire de ce président, sinon qu’il fut un homme de paix ? Oui, une paix paradoxale, hérissée de missiles et drapée de sarcasme. La preuve : il osa rebaptiser le Pentagone ministère de la Guerre, comme si la brutalité, une fois dite sans détour, se transformait en vertu. Dans cette logique renversée, pourquoi ne pas appeler bientôt le ministère du Commerce ministère du Bonheur extérieur, puisque ses tarifs, au lieu de séparer, soudent les mésalliances les plus improbables ? Quel plus grand présent offrir à la Chine et à l’Inde que ce terrain commun qu’elles n’avaient jamais rêvé de partager ?
Ainsi se referme la fable : le marchand d’orages, croyant tenir le monde en laisse, déclencha la tempête qui fit se rejoindre le dragon et l’éléphant.
Moralité : celui qui joue avec les frontières du monde finit par unir ceux qu’il voulait diviser. Alors, peut-être, l’histoire rira, découvrant dans ce colporteur d’éclairs, non un stratège visionnaire, mais le bateleur maladroit d’une tragédie crépusculaire.
Fukuyama and the State: Anatomy of an Illusion
English translation of the article by Jamel BENJEMIA published in Le Temps on Sunday, September 7, 2025
Fukuyama and the State:
Anatomy of an Illusion
By Jamel BENJEMIA
What is a State? Sometimes it feels like a stronghold against chaos; sometimes it is a tent flapping in the wind, its fabric on the point of ripping open. Between the two lies an unstable zone, a hard place to breathe. In "State Building. Governance and World Order in the 21st Century," Francis Fukuyama is convinced that he can outline the whole construction with the geometric assurance of an architect armed with a compass. Yet the State is more than geometry; it is a story in the making, a scar with a voice. For Hobbes it was a monstrous sovereign, for Weber a rational machine. At the beginning of the 21st century, democracy was marketed by the West as a messianic project: a graft forced upon unwilling bodies, a poisoned gift, a colonialism dressed in new clothes. The result, in each case, is the same: the State refuses to be tamed. Fukuyama wants to build strong institutions without realizing that no rock will lift itself. He proclaims that the whole world is his, but societies are not deceived. The State is not just a structure but a collective breath. And so the question remains, stubborn and unresolved: can the State be raised like a road is built, or is it no more than a moving mirage generated by fear and hope?
The Universal as Trompe-l’œil
Fukuyama assumes that history moves in one direction, along one well-defined road, toward the modern State. But civilizations do not all rise simultaneously: some branch, others converge, still others lose their bearings. China, from the start, built a sophisticated bureaucracy while Europe languished in feudal darkness. Africa was forced into artificial borders drawn up by colonial rulers. The Arab world oscillates between longing for empires and the stubbornness of the tribe. Yet Fukuyama collapses this multiplicity into a single path, as if the State were an algebraic function for which he alone holds the key. He mentions the Meiji Japanese as an institutional miracle, but says nothing of the peasant revolts and the humiliations inflicted on traditional society. He turns history into a parable with a moral. In his hands, the State becomes a theoretical edifice, but the stones sound hollow, for he has forgotten the "dirty hands" Sartre spoke of, stained with the grease of power. A State is not built like an intellectual monument; it rises from shadows and sweat, from the outburst of imperfection never reconciled with an ideal perfection, from the imperfect compromise between the dream and the mould at hand, between aspiration and actuality.
Strength and Its Blindness
" A State has to be strong," Fukuyama writes, "otherwise it collapses." The seductive formula hides a simple truth: strength can be as poisonous as it is protective. It may shield, but just as often it crushes. Machiavelli knew this well: to exercise power is to dissemble and intimidate, not to pretend to neutrality. Fukuyama skirts this point, but never confronts it directly. Speaking of Latin America, he reduces decades of dictatorships and guerrilla wars to an "institutional deficit," masking U.S. intervention and imperial dominance. The Prussian bureaucracy he admires was in fact fertile ground for authoritarian oppression, an agency of discipline rather than justice. The firm State, the "Leviathan State," becomes shortsighted: it perceives order but not injustice, measures efficiency but not legitimacy. As Camus warned in "L’Homme révolté: "Power without justice is the revolt of slaves in waiting."
The Elusive Limits
Yes, a State too strong becomes tyranny, and a State too weak becomes no State at all, says Fukuyama. His solution is moderation: the limited State. Yet that is close to a truism. Who today would advocate outright dictatorship or total anarchy? The real difficulty lies in the application of this principle across different peoples and histories. He speaks of separation of powers, the rule of law, counterbalances, but overlooks what Tocqueville grasped when he studied America: the civic engagement of associations, the vitality of civil society, those invisible forces that make a nation stand beyond written law. Fukuyama forgets that the boundaries of the State are not only constitutional but also social, cultural, and symbolic. In sub-Saharan Africa, he deplores weak administrative structures but ignores the resilience of customary and voluntary institutions. He praises democracy in India without acknowledging the enduring force of castes and communities that govern daily life. In South Africa’s post-apartheid transition, it became clear that even the most beautiful constitution is lifeless without truth and reconciliation. To restrain the State is to root it also in common memory; to neglect this is to confuse text with life.
The Western Shadow
Beneath the polished surface of his prose, in the depths of his sentences, lingers a shadow: the West still convinced it sits at the world’s center. Fukuyama cites Hobbes, Tocqueville, and Weber, yet remains silent on Ibn Khaldoun, Césaire, and Fanon, voices close to the deposits of power, to hidden contributions, to cycles of servitude and to the scars of colonial history. In his account, Asia is reduced to bureaucracy, Africa to unfulfilled promise, the Arab world to a chronicle of inevitable collapse. He presents reconstructed Germany as a shining model, but omits the American tutelage that nurtured it: the military occupation, the Marshall Plan, without which the structure would have collapsed long ago. This singular case becomes, in his view, an archetype, as if nations could spring up magically, independent of power dynamics, the strong hands that lift them, or the umbilical ties that bind them. In "Les Damnés de la terre," Fanon foresaw that the postcolonial State would always bear the face of the colonizer, even repainted. By failing to acknowledge these marks, Fukuyama reduces geopolitics to the map of a land surveyor, as if history were no longer a throbbing memory but a territory flattened into perfect lines. Yet a State is never alone; it is pierced by outside forces and shaken by inner upheavals, as if ashamed of them. To erase them is to conjure an imaginary world, a comforting lie that blinds.
The Illusion Dissected
The paradox is striking: a book both brilliant and brittle, audacious yet timorous. Fukuyama dreams of universal blueprints but delivers a fragile model. The strength of his argument lies in the questions he raises; the weakness lies in his belief that there is a single answer. The State is not an abstraction. It is woven from life itself, from hardship and sacrifice. "Stupidity consists in wanting to conclude." Flaubert said that. Fukuyama concludes too quickly, as if politics were reducible to institutions. Yet order is always elusive. It hovers in suspension, incomplete, stubborn, resistant.
The State, Inheritance, and Becoming
It would be mistaken to dismiss Fukuyama’s book outright. Its flaws open the door to deeper questions: what binds peoples together? The State has been one answer—always precarious, never definitive. Arendt saw this in "The Human Condition," politics is not a machine, but a space shared in common. Fukuyama invokes institutions, but forgets forgiveness and hope, which cannot be planned. Valéry warned: "Civilizations are mortal. " So too are States. They survive on trust more than force. Here lies the blind spot. To govern is not engineering but alchemy. The State is fashioned in the streets as much as in institutions, in flesh as much as in treaties. His silence on this only makes the truth more pressing. For the State is not a decree. It is chaos briefly subdued, a constant threat of eruption held for an instant by those who refuse to be ruled by fear or by outsiders. It is precarious, vital, always hanging above the thin line between order and collapse.
Fukuyama et l’État : Anatomie d’une illusion
Fukuyama et l’État :
Anatomie d’une illusion
Par Jamel BENJEMIA
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Qu’est-ce qu’un État ? Parfois une forteresse dressée contre le chaos, parfois une tente qui claque au vent et se déchire. Entre les deux, un espace instable où les hommes cherchent à respirer. Francis Fukuyama, dans « State Building : gouvernance et ordre du monde au XXIᵉ siècle », croit pouvoir en tracer les fondations comme un architecte sûr de son compas. Mais l’État n’est pas une géométrie : il est un récit en chantier, une cicatrice qui parle. Hobbes le rêvait monstre protecteur, Weber le décrivait machine rationnelle. Et l’Occident, au tournant du XXIᵉ siècle, a voulu exporté la démocratie comme un projet messianique, une greffe imposée à des corps rétifs, un cadeau empoisonné, un colonialisme sous un habit neuf . Chaque fois, le même constat : l’État ne se laisse pas dompter. Fukuyama rêve d’institutions solides, mais oublie qu’aucune pierre ne tient sans des épaules robustes pour la porter. Il proclame un ordre universel, mais les sociétés ne sont pas dupes. L’État n’est pas un édifice, mais une respiration commune. Alors une question monte, obstinée : peut-on vraiment construire l’État comme on bâtit une route, ou n’est-il qu’un mirage mouvant, né de la peur et de l’espérance mêlées ?
L’universel en trompe-l’œil
Fukuyama avance comme si l’histoire suivait une seule piste, un sentier balisé menant inévitablement à l’État moderne. Mais les civilisations n’avancent pas toutes dans la même direction : certaines bifurquent, d’autres se croisent, d’autres encore s’égarent. La Chine inventa très tôt une bureaucratie ramifiée quand l’Europe trébuchait encore dans la féodalité. L’Afrique dut composer avec des frontières tracées à la règle par les colonisateurs. Le monde arabe balance entre la nostalgie des empires et la persistance de l’esprit tribal. Or Fukuyama ramène ces diversités à une trajectoire unique, comme si l’État n’était qu’une équation dont il possédait la solution.
Il cite l’ère Meiji au Japon comme miracle institutionnel, mais tait les révoltes paysannes, et les humiliations infligées à la société traditionnelle. Il transforme l’histoire en parabole édifiante, en récit moralisateur.
L’État, chez Fukuyama, s’élève comme une bâtisse théorique, mais ses pierres sonnent creux, car il a oublié les « mains sales » dont parlait Sartre, plongées dans le cambouis du pouvoir. Car bâtir un État n’est pas un exercice d’architecture intellectuelle : c’est un travail d’ombres et de sueurs, un compromis toujours imparfait entre l’idéal et la boue, entre l’ordre rêvé et le désordre vécu.
La force et son aveuglement
« Un État doit être fort », répète Fukuyama, « sinon il s’effrite.» Formule séduisante, mais l’histoire enseigne que la force est un poison autant qu’un remède. La force protège parfois, mais le plus souvent elle écrase. Machiavel l’avait compris : gouverner, c’est user de la ruse et de la crainte, non se draper d’une neutralité illusoire. Fukuyama frôle ce dilemme, mais n’ose jamais l’empoigner.
En parlant de l’Amérique latine, il réduit des décennies de dictatures et de guérillas à un simple « déficit institutionnel », en gommant l’immixtion et l’impérialisme américains. La bureaucratie prussienne qu’il admire fut aussi matrice d’un autoritarisme pesant, instrument de discipline plus que de justice.
L’État fort, ou « l’État Léviathan », devient un État borgne : il voit l’ordre mais pas l’injustice, il mesure l’efficacité mais ignore la légitimité. Camus l’avait rappelé dans « L’Homme révolté » : « Le pouvoir sans justice est la révolte des esclaves en attente. »
Les limites introuvables
Fukuyama admet qu’un État trop fort bascule dans la tyrannie et qu’un État trop faible s’effondre. Sa réponse : l’équilibre, l’État limité. Mais cette évidence ressemble à un truisme. Qui, aujourd’hui, oserait réclamer la dictature à visage découvert, ou l’anarchie brute ? Personne sans doute. Mais l’essentiel n’est pas là : c’est l’incarnation qui déraille, la formule qui se perd dans la chair des peuples.
Il cite la séparation des pouvoirs, l’État de droit, les contre-pouvoirs. Mais il oublie ce qu’Alexis de Tocqueville avait perçu en observant l’Amérique : l’implication citoyenne du monde associatif, la vitalité de la société civile, ces forces invisibles qui tiennent un peuple debout en dehors du droit écrit. Fukuyama ne voit pas que les limites de l’État ne sont pas seulement constitutionnelles, mais sociales, culturelles, et symboliques.
En Afrique subsaharienne, il déplore la faiblesse administrative, mais ne dit rien de la résilience des structures coutumières et bénévoles. En Inde, il loue la démocratie, mais tait la force des castes et des communautés qui organisent le quotidien. Lors de la transition post-apartheid, l’Afrique du Sud a montré que la Constitution, si brillante soit-elle, reste lettre morte sans processus de vérité et de réconciliation.
Limiter l’État, c’est aussi l’enraciner dans une mémoire partagée. Ignorer cela, c’est confondre l’écrit et le vécu.
L’ombre portée de l’Occident
Sous la clarté polie de ses phrases, une ombre s’avance, tenace : celle d’un Occident convaincu d’être encore le centre du monde. Fukuyama convoque Hobbes, Tocqueville, Weber, mais fait silence sur Ibn Khaldoun, sur Césaire, sur Fanon, ces voix qui savaient lire dans les sédiments du pouvoir, les cycles de la servitude et les cicatrices de l’histoire coloniale. Dans ses pages, l’Asie n’est qu’une bureaucratie ramifiée, l’Afrique une suite de promesses avortées, le monde arabe une chronique d’échecs annoncés.
Il cite, en exemple éclatant, l’Allemagne reconstruite, mais passe sous silence la tutelle américaine qui l’a couvée, l’occupation militaire et le Plan Marshall sans lesquels l’édifice se serait écroulé. Ce cas particulier devient, sous sa plume, un modèle universel. Comme si les nations renaissaient par magie, hors de tout rapport de force, hors des mains puissantes qui les relèvent ou des cordons ombilicaux qui les tiennent. Fanon, dans « Les Damnés de la terre », l’avait vu : l’État postcolonial porte toujours le masque du colon, même repeint à neuf. En refusant de voir ces marques, Fukuyama transforme la géopolitique en dessin d’arpenteur, comme si l’histoire n’était pas une réminiscence blessée, mais un chantier réduit à des lignes droites bien ciselées.
Or un État ne flotte jamais seul : il est troué d’influences, d’empiètements. Certaines visibles, d’autres rampantes, presque honteuses. Les effacer du récit, c’est s’inventer un monde cousu main, une fiction rassurante qui ment.
L’illusion disséquée
Le paradoxe saute aux yeux : un livre éclatant et bancal, hardi et frileux. Fukuyama rêvait de plans architecturaux universels ; il n’offre qu’une maquette friable. Son mérite : poser la question. Son défaut : croire à une réponse unique.
Un État n’est pas une abstraction. C’est un socle de matière vive, faite de luttes et de sacrifices. Flaubert l’avait dit : « La bêtise consiste à vouloir conclure. » Fukuyama conclut trop vite, comme si la politique se réduisait aux institutions. Mais l’ordre fuit toujours. C’est dans cette fuite, dans ce suspens, que la vérité politique se cache : inachevée, obstinée et rebelle.
L’État, héritage et devenir
On aurait tort de balayer d’un revers de main le livre de Fukuyama. Ses faiblesses mêmes obligent à penser : qu’est-ce qui fait tenir les peuples ? L’État fut une réponse. Toujours délicate, jamais définitive. Arendt l’avait vu dans « Condition de l’homme moderne » : la politique n’est pas mécanique. C’est un espace commun, une scène partagée. Fukuyama récite les institutions. Mais il oublie l’imprévisible, le pardon, l’espérance. Valéry le rappelait : « Les civilisations sont mortelles. » Les États le sont aussi. Ils survivent par la confiance, pas par la force.
Voilà l’angle mort. Gouverner n’est pas une ingénierie. C’est une alchimie. L’État se construit dans la rue autant que dans les institutions, dans la chair des peuples autant que dans les traités. Il échoue à le dire. Son silence même en souligne l’urgence. Car l’État n’est pas un décret. C’est un désordre apprivoisé un instant, toujours prêt à s’échapper, tenu par des hommes qui refusent de plier aux peurs ou aux ingérences. Il demeure frêle, vibrant, suspendu à ce rien qui sépare l’ordre de la chienlit.
On the Obsolescence of Fisher’s Equation and the New Concept of Monetary Velocity
The English-translated article by Jamel #BENJEMIA published in #Le_Temps on Sunday, August 31, 2025.
On the Obsolescence of Fisher’s Equation and the New Concept of Monetary Velocity
By Jamel BENJEMIA
There are equations that shine with the clarity of textbook examples, like shards of intelligence glazed onto the page, only to vanish once exposed to the crude exigencies of life. Fisher’s equation, MV = PY, is one of these. Formulated in a 1911 pamphlet entitled The Purchasing Power of Money, it was said to hold the universal key: multiply the money stock (M) by its velocity (V), and the perfect identity between prices (P) and production (Y) was revealed. An algebraic beauty, a promise of rigor.
But by 1933 history had proved him wrong. With the arrival of the Great Depression, Fisher could no longer deny the shortcomings of his own construct. In The Debt-Deflation Theory of Great Depressions, he described the infernal mechanism that dismantled his equation: falling prices weighed down debts, which produced bankruptcies, which triggered banking panics and an accelerating deflationary spiral. Later, Friedman and Schwartz documented a collapse in velocity of more than 30 percent between 1929 and 1933 in A Monetary History of the United States.
Thus, the formula, so elegantly simple in its theoretical statement, became in practice a stalled engine, a theoretical rocket unable to launch into the atmosphere of crises.
The Illusion of an Imaginary Linearity
The ostensible power of Fisher’s equation lay in its simplicity; but this very simplicity concealed its weakness. Fisher assumed velocity to be fixed, obedient, mechanically determined. In truth, velocity is a moving target. It depends on confidence and fear, on the architecture of banks, on collective behavior, on that psychological alchemy that cannot be quantified.
Modern econometric models (VAR, PVAR) confirm this fragility. When crises erupt, circuits jam, balance sheets absorb liquidity, households hoard, firms postpone projects, and banks ration credit. Currency flows decelerate, then stagnate, and finally freeze. Expanding the money supply no longer produces proportional effects: beautiful algebra collapses under the leaden weight of reality.
1929: Frozen Blood
The Great Depression was the first shipwreck of Fisher’s identity. Money did not so much circulate as congeal, like clotting blood. Between 1929 and 1933, velocity collapsed by 30 percent. Not every bank failed, but every transaction was paralyzed by fear. Fisher had to face the harsh truth: his beautiful equation had lost its predictive force.
The economy, wounded, folded in on itself. The pulse of money slowed, like a breath held too long. The equation MV = PY, once meant to serve as a compass, had become a mute gauge.
Japan in the 1990s: The Rocket Nailed to the Ground
Sixty years later, Japan offered another illustration. Prices crashed after the collapse of its real estate and stock market bubble; banks staggered under mountains of bad loans; companies froze their investments. The Bank of Japan opened the floodgates, slashed rates to zero, and inundated the economy with liquidity. According to Fisher, this should have been enough to revive growth.
Yet nothing happened. The fuel was there, but the rocket remained nailed to the ground. Households hoarded, banks withheld credit, and firms concentrated on repairing their balance sheets. Velocity crumbled, confidence dissolved. What seemed at first a short pause became a long purgatory. Money accumulated like a stagnant river, incapable of feeding growth: it became nothing more than dormant fuel.
2008: Money Without an Ocean
The global crisis of 2008 confirmed the pattern. The Federal Reserve launched its “unconventional” monetary policy, injecting more than $4 trillion into the system. Yet instead of rising, velocity fell by 17 percent between 2007 and 2014.
The Financial Times captured it in 2014 with a striking phrase: “money creation looked like a river that no longer reaches the ocean.” Liquidity swelled bank balance sheets and inflated financial markets, but it never reached households. As in Japan, the rocket gathered thrust but remained trapped by psychological gravity.
The Historical Constant of Instability
History—whether 1929, Japan in the 1990s, or 2008—repeats the same refrain: velocity is not a constant, but a social thermometer. It rises with confidence, quickens with hope, and freezes with fear. Anderson, Bordo and Duca, in a 2023 ECB study, showed that velocity has been “structurally weakened” after every crisis, held back by banking and regulatory transformations.
Toward an Organic Equation
To move beyond Fisher’s blind spot, one must accept a central truth: money does not follow linear mechanics. Its path is uncertain—logarithmic, asymptotic, dependent on expectations. In this spirit, I propose the following formulation:
V(t)=Vc . ln(M0/Mr)⋅e−λA(t)
- M0 : injected money supply
- Mr : retained, hoarded, unproductive money
- A(t) : negative expectations (mistrust, uncertainty)
- Vc : confidence constant
The negative sign before λA(t) in the exponential e−λA(t) plays a clear role: it represents the dampening effect of negative expectations on velocity.
- If A(t) (negative expectations, distrust, uncertainty) increases, then the term −λA(t) decreases further, which makes e−λA(t) shrink. As a result: velocity V(t) contracts.
- Conversely, if A(t) is low or zero (stable confidence), then e−λA(t) approaches zero and the exponential tends toward 1, leaving velocity at its maximum potential.
This mirrors the principle of exponential decay in physics: the minus sign embodies a braking force, an invisible gravity weighing on motion. Here money becomes a rocket whose thrust depends on confidence, whose inertia comes from dead weight, and whose trajectory is slowed by the density of the psychological atmosphere.
The Rocket Metaphor
This analogy was inspired by the film Hidden Figures and by the story of Katherine Johnson, a Black mathematician who, in segregated America, wielded Euler’s equations with serene majesty, tracing with exactitude the closed parabolas and elliptical orbits of spaceflight. For her mastery of orthonormal algorithms anchored in Euclidean coordinates, she earned the deep respect of her superiors and of the nation itself.
It is no accident that she was nicknamed “the human computer,” so precise were her calculations.
And yet the rocket, despite exact equations and abundant fuel, could not leave the ground. Trapped by gravity, it stayed still.
So it is with modern money. Fed with billions, it should take flight; yet at each crisis it remains stuck, bolted to the launch pad. 1929, 1990, 2008: so many aborted launches, so many rockets unable to pierce the atmosphere of uncertainty.
Rereading Tsiolkovsky, the father of astronautics, the analogy becomes dazzling: just as a rocket’s thrust depends on the ratio of initial to final mass, monetary velocity depends on the ratio of injected to retained money. And just as gravity restrains ascent, distrust and negative expectations stifle circulation.
Inhabiting the Equation
From Fisher to Friedman, from 1990s Japan to the 2008 crash, the evidence converges: MV = PY is obsolete in times of crisis. Velocity is not a constant; it is a breath, a fragile respiration.
My dynamic formula offers a different grammar: that of an economy conceived as a social rocket. Charged with fuel, it only rises if confidence provides the thrust and dead weights do not suffocate its path.
Crises have made this clear: 1929 froze velocity; 1990s Japan revealed the weight of hoarding; 2008 showed the sterilization of liquidity. But history also teaches the opposite: Weimar in 1923, Hungary in 1946, today’s Venezuela. In these cases the rocket is not stuck—it explodes, carried away by uncontrollable velocity.
Stagnation or hyperinflation, the lesson remains the same: money is not a mechanism but a moving trajectory, not a fixed identity. It is something the economist must learn to inhabit.
The hesitation of one of my professors before Fisher’s equation taught me this: economics is not a number, but a rebellious breath—and no figure will ever contain it.
De la caducité de l’équation de Fisher à la nouvelle approche de la vélocité monétaire
De la caducité de l’équation de Fisher à la nouvelle approche de la vélocité monétaire
Par Jamel BENJEMIA
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Il est des équations qui s’illuminent dans la pureté des manuels, comme des éclats d’intelligence figés sur la page, et qui s’éteignent sitôt qu’elles se heurtent à la brutalité du réel. L’équation de Fisher, MV = PY, appartient à cette famille. Élaborée dans une note de recherche en 1911 sous le titre « The Purchasing Power of Money », elle prétendait offrir une clé universelle : multiplier la masse monétaire (M) par sa vélocité (V), et retrouver l’identité parfaite entre prix (P) et production (Y). Une beauté d’algèbre, une promesse de rigueur.
Mais l’histoire, en 1933, a brisé l’illusion. Fisher, face à la Grande Dépression, dut avouer l’impuissance de sa propre création. Dans son article intitulé « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », il décrivit la mécanique infernale et les limites de son équation : la chute des prix alourdissait les dettes, les faillites se multipliaient, la panique bancaire s’installait et la spirale déflationniste s’accélérait. Plus tard, Friedman et Schwartz confirmèrent, chiffres à l’appui, l’effondrement de la vélocité de plus de 30 % entre 1929 et 1933 dans « A Monetary History of the United States ».
Ainsi, la formule, si limpide dans les livres, devenait dans la réalité un moteur grippé, une fusée théorique incapable de traverser l’atmosphère des crises.
La fragilité d’une linéarité illusoire
La force apparente de l’équation de Fisher résidait dans sa simplicité ; mais sa faiblesse y demeurait dissimulée. Fisher supposait la vélocité monétaire stable, docile, mécanique. Or, loin d’être linéaire, la vélocité est une ombre mouvante. Elle dépend de la confiance et de la peur, de la structure des banques, des comportements collectifs, de cette alchimie psychologique qui échappe aux calculs.
Les modèles économétriques modernes (VAR, PVAR) confirment cette fragilité. Lorsque les crises éclatent, les circuits se bloquent, les bilans absorbent la liquidité, les ménages thésaurisent, les entreprises diffèrent leurs projets, et les banques rationnent le crédit. L’argent circule moins, s’engourdit, se fige. Dès lors, accroître la masse monétaire ne produit plus d’effet proportionnel : l’élégance algébrique se brise contre l’épaisseur du réel.
1929, le sang figé
La Grande Dépression fut le premier naufrage de l’identité fisherienne. La monnaie, au lieu de circuler, se figea comme un sang coagulé. Entre 1929 et 1933, la vélocité s’effondra de 30 %. Les banques ne mouraient pas toutes, mais la peur paralysait chaque transaction. Fisher dut se rendre à l’évidence : sa belle équation ne prédisait plus rien.
L’économie, blessée, se refermait sur elle-même. La circulation monétaire se ralentissait comme un souffle étouffé. L’équation MV = PY, censée être une boussole, n’était plus qu’un cadran muet.
Le Japon des années 1990 : la fusée clouée au sol
Le Japon offrit, soixante ans plus tard, un autre exemple. Après l’éclatement de la bulle immobilière et boursière, les prix s’effondrèrent, les banques croulèrent sous les créances douteuses, les entreprises s’immobilisèrent. La Banque du Japon ouvrit grand les vannes monétaires, abaissa ses taux à zéro, inonda le pays de liquidités. Selon Fisher, cela aurait dû suffire à ranimer l’économie.
Mais rien ne se produisit. Le carburant était là, mais la fusée restait clouée au sol. Les ménages thésaurisaient, les banques retenaient le crédit, les entreprises se contentaient de réparer leurs bilans. La vélocité s’écroulait, la confiance se dissolvait. Ce qui devait être une parenthèse devint un long purgatoire. La monnaie s’accumulait comme un fleuve stagnant, incapable d’alimenter la croissance : elle n’était plus qu’un carburant dormant.
2008, la monnaie sans océan
La crise mondiale de 2008 apporta la confirmation. La Fed lança son programme d’assouplissement quantitatif, injectant plus de 4 000 milliards de dollars. Pourtant, la vélocité, au lieu de croître, chuta de 17 % entre 2007 et 2014.
Le Financial Times résumait en 2014 d’une formule saisissante : « la création monétaire ressemblait à une rivière qui n’atteint plus l’océan ». L’argent gonflait les bilans bancaires, nourrissait les marchés financiers, mais il ne traversait pas jusqu’aux foyers. Comme au Japon, la fusée prit son élan mais resta prisonnière de la gravité psychologique.
La constante historique de l’instabilité
L’histoire, qu’elle évoque 1929, le Japon des années 1990 ou 2008, répète le même refrain : la vélocité n’est pas une constante, mais un thermomètre social. Elle dépend de la confiance, palpite avec les espoirs et se fige avec les peurs. Anderson, Bordo et Duca, dans une étude de la BCE (2023), montrent qu’elle s’est « structurellement affaiblie » après chaque crise, prisonnière des transformations bancaires et réglementaires.
Vers une équation organique
Pour sortir de l’angle mort de Fisher, il faut accepter une vérité : la monnaie n’obéit pas à la mécanique linéaire. Elle suit une trajectoire incertaine, logarithmique, asymptotique, dépendante des anticipations. C’est dans cet esprit que je propose une nouvelle formulation de la vélocité V(t):
V(t)=Vc . ln(M0/Mr)⋅e−λA(t)
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M0 : masse monétaire injectée
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Mr : masse monétaire retenue, thésaurisée, improductive
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A(t) : anticipations négatives (défiance, incertitude)
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Vc : constante de confiance
Le signe négatif devant λA(t) dans l’exponentielle e−λA(t) a une fonction simple : il traduit l’effet d’amortissement des anticipations négatives sur la vélocité.
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Si A(t) (anticipations négatives, défiance, incertitude) augmente, alors le terme −λA(t) devient plus petit, ce qui fait décroitre e−λA(t). Résultat : la vélocité V(t) se contracte.
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À l’inverse, si A(t) est faible ou nul (confiance stable), alors −λA(t) est proche de zéro et l’exponentielle vaut presque 1, donc la vélocité reste à son potentiel maximal.
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